Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 10:45


Rédigé par Mario

       Enfin le Tibet ! Cette destination me tenait à cœur et malgré le budget qu’elle requiert (une semaine représente environ un mois en Chine) la curiosité l’emporte largement sur les considérations pécuniaires, aussi après les émotions de la Mongolie, nous attendions beaucoup du Tibet. 

Nous nous rendons au Tibet, une fois encore en train, à bord du désormais mythique Pékin-Lhassa, train le plus haut de monde.
 
A la Gare,  nous faisons la connaissance d’un couple hollandais étonnant, un jeune homme de 25 ans accompagné de sa maman qui vont comme nous au Tibet, mais sans passer la frontière Népalaise. Nous les retrouverons à bord et apprendrons que le jeune homme travaillait en fait dans une agence de tourisme en Mongolie ! Coïncidence extraordinaire qui nous donnera l’occasion d’échanger nos impressions sur ce fabuleux pays et de jouer aux cartes, bref de tuer le temps de manière agréable dans le train.
A bord, l’ambiance est un peu différente de ce que nous espérions et la première nuit un peu difficile, malgré la rencontre d’un jeune Israélien très sympas, avec lequel nous aurons pas mal discuté. Le lendemain notre compartiment se vide et à nouveaux seuls nous retrouvons nos petites habitudes (nous sommes désormais rompus aux voyages en trains avec  plus de 200h !).
 
Techniquement notre premier jour au Tibet c’est un peu dans le train que nous le passons (sur les deux jours et deux nuits que dure le trajet qui nous mène à Lhassa, plus de la moitié est en Chine). Un officier chinois se présente le matin tôt dans notre compartiment afin de nous faire remplir et signer une décharge, car nous allons passer à plus de 5000 mètres d’altitude (le point le plus haut étant à 5200m), et dans tous les wagons de l’oxygène est diffusé afin de compenser le manque dû à l’altitude. Nous passons devant des montagnes enneigées et découvrons un immense lac, on à du mal à réaliser que nous sommes si haut.

Nous arrivons à Lhassa vers 16h, alors que nous pensions l’arrivée bien plus tardive, décidément les horaires de trains en Chine, nous ne nous y faisons pas. A la descente du train à la gare de Lhassa, personne, cela commence bien !

Nous nous demandons si nous ne nous sommes pas fait avoir par « l’agence » à Pekin. Etait-il bien raisonnable de payer en espèce l’intégralité du séjour au Tibet, sans autres reçu ou documents que la carte de visite de l’agence avec inscrit au dos de celle-ci et à la main, les prénoms du guide et du chauffeur ainsi que leur numéro de téléphone respectifs ?
Cinq bonnes minutes passent et voilà un petit bonhomme à la tignasse hirsute, une paire Ray Ban aviateur vissée sur le nez, flanqué d’un pantalon de survêtement et des Converses aux pieds, qui s’avance vers nous avec un panneau portant « Mario Thomas ». Bon me voilà rebaptisé, mais au moins pas de doutes, ce petit bonhomme c’est pour nous ! Soulagement ou presque, il nous gratifie d’un sourire enjôleur et dans un anglais aux accents hollywoodiens, nous lance  un « sorry, I am late, this way please, how was your trip ? » (Désolé, je suis en retard, par ici, comment était votre voyage ?).

Nous  le suivons jusqu’à un 4x4, dans lequel nous embarquons avec armes et bagages, et une fois installés tout deux à l’arrière du véhicule, je lui demande en anglais, moi c’est Mario et voici ma femme « Lina » (c’est fou personne ne parvient à prononcer Maj ou Majdouline, si bien que Lina est devenu le diminutif d’usage pour les présentations) et vous vous êtes ? Confus, il s’excuse une nouvelle fois et nous répond alors qu’il est notre guide, et qu’il s’appelle Adon, avant d’enchainer sur un ton jovial sur les banalités d’usages, première fois au Tibet  etc.   Notre premier contact avec le Tibet ! Sur le trajet qui nous mène à notre hôtel, nous lui demandons s’il est Tibétain (en effet, il n’a pas vraiment l’air Tibétain - ni même l’air d’un Guide pour  tout dire – or les guides chinois ne connaissent pas grand chose à l’histoire et aux pratiques religieuses tibétaines) il nous répond alors sans ambages, qu’il est Tibétain, Maj lui demande alors de quelle partie du Tibet (Un peu sceptique) et là il nous informe, très fier,  qu’il est de la région de Haba, celle là même qui s’est soulevé il y peu à l’occasion des jeux Olympiques en Chine, et de poursuivre sur le thème Chinois-Tibet sans la moindre langue de bois et ou considération pour le chauffeur qui soit dit en passant se trouve être chinois !


La Gare est flambant neuve, grande, voire immense et un peu au milieu de nulle part. En vérité on à du mal à réaliser ou nous nous trouvons. L’air est si pur et le ciel d’un bleu céruléen qui contraste avec les montagnes de roches avoisinantes, et  pas ou peu d’habitations. Nous partons pour le centre ville de Lhassa et notre hôtel. Très objectivement nous n’aurions pas reconnu l’entrée de notre hôtel si notre guide ne nous avait déposés devant. Ici rien ne ressemble à ce qu’il est vraiment. Mais bon la chambre est correcte. Après quelques heures passées à cette altitude (nous sommes 3600 mètres d’altitude tout de même) je ressens quelques maux de têtes, signes avant-coureurs de la nécessaire acclimatation à l’altitude. Ce sera resto et puis dodo, et pas de visite nocturne de la ville.


Le 2ème jour à Lhassa, après une nuit agitée (toujours l’altitude), nous nous sentons bien mieux (moi surtout), et nous partons visiter la ville. Le point central étant bien entendu, Le Palais du Potala (siège et demeure des Dalai Lama, jusqu’en 1959 avec l’entrée des troupes d’occupation Chinoise), mais aussi le temple Johkhang (premier temple du Tibet avant même le Potala) ainsi que les rues commerçantes typiques avoisinantes (Barkhor).


La ville en elle-même n’est pas très grande ni très étendue, les habitations et immeubles sont petits, deux ou trois étages maximum, il y a peu de circulation, et l’on s’y sent bien tout de suite. Nous sommes au Tibet et pas en Chine, cette ville n’a rien de commun avec les villes chinoises que nous avons pu visiter jusqu’à présent. Notre hôtel est situé à 5mn à pied du palais du Potala, nous sommes impressionnés, voire intimidés, le palais domine la ville sur les hauteurs de la montagne adjacente, tel une citadelle, blanche et ocre. Nous apprenons,  que la visite ne devra pas excéder une heure et que la plus grande partie du palais est interdite aux visiteurs, seules quelques pièces nous serons visibles, à nous, comme aux pèlerins croyants Tibétains, qui se pressent à l’entrée.

La présence des pèlerins ajoute à la majesté des lieux, nous découvrons un peu des habitations des Lama, leur pièce à méditation, prières et chants, ainsi que les Stuppas des Lamas passés, tous couvert d’or, d’argent et de pierres précieuses (un Stuppa est une sépulture /sorte d’urne funéraire, sans corps, nous reviendrons sur ce point un peu plus tard, et contenant les reliques des anciens Lamas une fois décédés).  Jadis demeure du Dalai Lama et des moines, le palais du Potala tient  désormais plus d’un musée, les moines n’y vivent plus et aucun Grand Lama n’y siège. Mais cela ne diminue en rien la ferveur des croyants qui se présentent par centaines chaque jour, le plus souvent issus de classe pauvres et agricoles, venant des quatre coins du Tibet, un peu comme les pèlerins a Rome ou à la Mecque, afin de se recueillir, afin d’y prier et y déposer leurs offrandes, billets d’argent et surtout beurre de Yak (sachets jaunes sur les photos).

Nous apprenons aussi, que dans la religion bouddhiste, le corps n’est qu’une enveloppe charnelle, et que l’esprit est immortel, et voué à se réincarner sous diverses formes suivant la vie passée menée, et ce jusqu’à atteindre « l’illumination », c'est-à-dire pour simplifier la sagesse suprême. Alors seulement ils sortiront du cycle des réincarnations, et pourront rejoindre l’être suprême et deviendront à son image des divinités ou des saints, faisant l’objet de vénération. C’est ainsi que les moines s’engagent dans la voie bouddhiste en quête de l’illumination et que les  «Lamas » constituent le degré supérieur dans l’ordre monacal bouddhiste tibétain, signe qu’ils ont atteint un degré de sagesse supérieur. Il existe au sein des Lamas trois hauts degrés, les « Grands Lamas » ainsi appelés, sont les guides de tous les Lamas, les moines et bouddhistes. Le plus haut degré, le premier, le « Dalai Lama », qui dans la tradition ésotérique comme la tradition bouddhistes tibétaine représente le Soleil, puis il y a le « Pension Lama », qui lui représente la Lune et enfin le troisième dont le nom est un peu plus compliqué et que je n’ai donc pas su retenir, qui représente les Etoiles. A ce jour, un seul Grand Lama vit encore au Tibet, le « Pension Lama » (les deux autres, le Dalai Lama et le dernier, vivent tous deux en Inde), et celui-ci fait polémique, car loin d’avoir été « trouvé /reconnus » par les Lamas bouddhistes tibétains, c’est le gouvernement chinois qui l’a imposé en lieu et place de celui désigné par les Lamas (on ignore ce qu’il est advenus du véritable « Pension Lama »).


Au sortir du Palais du Potala, j’éprouve un peu d’amertume devant le cynisme des autorités chinoises qui facilitent les visites et annoncent fièrement ce lieu comme un patrimoine culturel, qu’ils ont pourtant contribué à vider de sa substance. Pauvres croyants et pèlerins qui se pressent devant l’entrée de ce qui fut est n’est déjà plus (et doivent tout de même s‘acquitter d’un droit d’entrée, pour le bien de l’état Chinois !). Histoire de chasser l’amertume notre guide nous invite à déguster la spécialité locale, le Yaourt frais tibétain, et c’est rudement bon !


Le temple Johkhang à quelques minutes à pied lui aussi de notre hôtel, mais à l’opposé du Potala est lui aussi très impressionnant. Nous découvrons des pèlerins qui s’agenouillent et se couchent sur le sol face au temple, en récitant des prières. L’entrée est ici libre, il y a foule et à l’intérieur nous découvrons  dans une mi-pénombre, les odeurs d’encens et la ferveur des croyants. Nous en ressortons, moi surtout, très marqués par cette visite, il est midi tout juste, l’heure du déjeuner, et l’occasion de s’essayer au fameux Thé au beurre de Yak, enfin moi, parce que Maj elle préfère un thé aux fleurs. Bon, le Thé au beurre de Yak, ce n’est pas mauvais mais ce n’est pas non plus ce que j’aurais bu de mieux !!


Notre jeune guide nous informe alors que c’est fini pour aujourd’hui sauf si nous souhaitons nous rendre dans un autre temple a quelque vingt minutes en voiture de Lhassa, plutôt que de rester à flâner dans Lhassa, nous acceptons et nous voilà partis.


En route nous apprenons que la particularité de ce temple est d’offrir la possibilité aux visiteurs d’assister à une part importante de la vie monacale bouddhiste, le matin les moines suivent l’enseignement de leur maître et l’après midi, ils ont la possibilité de revenir sur les questions abordées ainsi que d’autres points demeurés obscures. Cette consultation s’effectue sous forme de joutes verbales, opposant un questionneur à un ou plusieurs moines devant leur répondre. Une fois la question posée, et pour signifier la fin de la question le questionneur frappe dans ses mains (selon l’âge et l’expérience avec plus ou moins d’énergie) ce qui confère une aura unique à l’ensemble de l’exercice. Nous sommes totalement captivés, Maj et moi, devant la scène et le manège des questions tour à tour taquins, mais aussi parfois avec quelques dérapages d’humeurs.


Le 3ème jour nous partons pour la ville de Shigatse, en passant par le Lac Yumsto et pour ce faire nous dépasserons deux cols à plus de 5000 mètres !  La vue est époustouflante, le lac est hallucinant de beauté. Nous nous arrêtons pour profiter de la vue et devons grimper dix mètres, à bout de souffle nous arrivons en haut de la pente (à cette altitude chaque geste devient pénible) mais nous récupérons très rapidement.

 Le 4ème jour, c’est la visite du monastère Tashilhunpo à Shigatse. Notre guide nous abandonne pour aller faire les permis de visite de l’Everest, et nous invite à visiter seuls le monastère. Nous suivons la foule des pèlerins, et ceux-ci bien que ne parlant pas anglais, nous indiquent le chemin, pleins de gentillesse. Au détour d’une ruelle, nous arrivons dans une salle / temple, à l’intérieur nous découvrons une assemblée de moines en prière, psalmodiant des mantras, ainsi qu’un Lama très charismatique. C’est à la fois impressionnant et intimidant. Nous ressortons pour découvrir les autres temples du monastère et assistons à la ferveur des croyants, qui se pressent en une foule compacte (parfois même sans beaucoup de considération pour les autres) devant l’entrée. Ce monastère est simplement fantastique.

 Le 5ème jour, nous partons plus au Sud et à l’intérieur pour la ville de Tingri et l’Everest Base Camp. Nous devons dormir au pied de celui-ci à 5200 mètres d’altitude. La route est superbe mais la conduite de notre chauffeur en montagne et terrain accidenté ne m’inspire pas tellement confiance. Nous arrivons à la tombée du de la nuit, sans pouvoir rien voir, il y a un voile de nuages. Je ressens à nouveau une gêne, quelques maux de têtes et je pense que la nuit aidant, demain je me serai acclimaté. Nous rencontrons un couple d’Australiens hyper sympas, la femme surtout (le mari lui ressent le mal de l’altitude de façon très forte et c’est à peine s’il peut parler). Pendant que Maj discute sur l’Australie et les coins sympas, je refais le monde avec notre guide tout en dinant. C’est très agréable, il y a un poêle central et il fait bon. Puis l’heure du dodo arrive et là, ce n’est plus pareil, il règne un froid sibérien dans la chambre (pas de chauffage) bien moins de -10°C. Nous nous glissons en quatrième vitesse dans nos sacs de couchages, avec nos doudounes et, pour ma part, avec mes chaussettes et mon bonnet bien vissé sur la tête, le tout ne laissant apparaitre qu’un mince filet à l’air libre, pour les yeux (le nez et la bouche à l’intérieur), c’est la technique de la tortue.  Imaginez, nous avions froids aux yeux si nous les ouvrions !!

Le 6ème jour, nous découvrons l’Everest à notre réveil, en fait Maj surtout. Moi je me réveille dans un état calamiteux avec une forte migraine, et j’ai du mal à me concentrer. Donc bon, l’excitation du lieu  et de l’instant me passe à 5201 mètres au-dessus de la tête pendant la première demie-heure. Mais après je rejoins Maj dans ce moment unique et comme de vrais gosses nous courons dans tous les sens, c’est à qui prendra la plus jolie photo !
Nous quittons l’Everest très impressionnés et nous partons ensuite pour la ville frontière de Zanghmu. Nous empruntons pendant plusieurs heures un chemin, essentiellement de la piste, très chaotique, à travers les montagnes, mais les paysages sont sublimes, et mon dos s’en souvient encore. Mais ce n’est rien en comparaison de la route principale qui mène à la ville frontière proprement dite. Naturellement assez dangereuse (beaucoup d’éboulis et de glissements de terrain), nous apprenons en chemin que cette route n’est pas finie par endroit (toujours en cours de construction). Nous ne tarderons pas à découvrir à quel point. Pas de doutes nous sommes en Chine, la construction se fait ici essentiellement manuellement, il n’y pas ou presque de machines outils et les ouvriers (majoritairement chinois) dorment à même le chantier, sur des cabanes de fortunes surplombant des précipices impressionnants.
Certains passages sont si étroits, boueux et à flanc de falaise, que bien qu’en 4x4, nous décidons plus sage, de descendre à pied et passer les zones de chantier, pour plus de sécurité. Nous serons même priés de nous arrêter le temps que les artificiers fassent exploser un pan de montagne ! Arrivés à Zanghmu, la ville est assez pauvre et se dresse à flanc de montagne, et la route est bordée de camions de marchandises. Dans le petit restaurant en bas de notre hôtel, nous nous remettrons de nos émotions autour d’un bon repas.

Le 7ème et dernier jour, nous parcourons les quelques kilomètres et passons le poste frontière chinois, dans une ambiance surréaliste, c’est la première fois que nous franchissons une frontière à pied, c’est une peu étrange. Ce poste frontière moderne contraste singulièrement avec la ville que nous avons laissée, et le personnel est ici d’une extrême politesse, limite obséquieux. En guise de contrôle nous devons remplir et signer un questionnaire de satisfaction sur le poste frontière et serons même pris en photos par un des militaires chinois, tout sourire pour l’occasion…
Nous passons ensuite un pont,  le pont dit de « l’Amitié » et là, entre les militaires chinois, nous découvrons des femmes vêtues de Saari, nos premiers Népalais et les senteurs d’épices, nous entrons au Népal et il règne un parfum  d’Inde.
 
Good Bye Tibet (China), Hello Nepal.

 

 

Par Maj&Mario
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