20MILLIONSDEKM2
"A quoi sert de voyager si tu t'emmènes avec toi ? C'est d’âme qu'il faut changer, non de climat."(Sénèque)
Rédigé par Maj
Traversée de frontière à l’horizon.
Nous commençons à en prendre l’habitude et à connaitre les caractéristiques de ces voyages particuliers : le voyage sera long, l’attente et l’inconfort feront partie du lot, nous devrons négocier les prix de l’autre côté de la frontière où les transports seront pittoresques et hasardeux, et la fin du voyage se terminera dans le premier bled que l’on trouvera de l’autre côté de la frontière car généralement, la nuit tombe et il n y a plus de transports disponibles. Mais c’est dans ces voyages là qu’il y a le plus d’imprévus et d’authenticité et nous croisons souvent sue notre chemin des villes où les touristes ne viennent jamais, préférant largement l’avion, pour gagner du temps.
Nous avons bien monté notre programme cette fois ci : nous commençons avec une excursion au départ de Hanoi, consistant en une ballade en barque sur une rivière à trois heures en dessous de Hanoi. Puis, au lieu de remonter nous restons sur place dans la ville de Ninh Binh pour prendre le train se dirigeant vers le sud qui doit passer à 22h20. Nous arriverons le lendemain à l’aube à la ville vietnamienne de Vinh, à 4 heures du matin, y passerons la journée et une nuit pour voir ce qu’est une vraie ville vietnamienne non touristique, puis partirons le lendemain matin pour la frontière du Laos, à trois heures de là.
Première chose : anticiper notre arrivée à 4 heures du matin à Vinh et appeler donc un hôtel afin de réserver une nuit ainsi qu’un très « early check in ». En effet, quelques jours auparavant à Hanoi nous avions eu le malheur d’arriver à 05 heures du matin, et de surcroit sous la pluie. A l’hôtel nous avions du finir notre nuit sagement sur les bancs dans le hall, à côté du veilleur de nuit, attendant que le jour se lève et que la pluie cesse pour pouvoir sortir… Mais Vinh n’est pas une ville touristique et au bout de trois hôtels j’abandonne car personne ne parle anglais et nous n’aurons donc d’autre choix que d’essayer de trouver un hôtel en arrivant au petit matin. Eh oui, le problème d’un tour du monde est aussi que nous prenons des transports locaux et que les horaires sont parfois assez agressifs.
C’est parti, le bus passe nous chercher à 8h du matin pour l’excursion. Nous embarquons avec nos gros sacs à dos. Sur la route, nous rencontrons un Français, Jacques, que nous prendrons au début pour un campagnard débarquant de sa province mais, après avoir échangé quelques mots, nous réaliserons aussitôt que nous sommes loin du compte. Jacques habite à Hanoi depuis 5 ans et lorsqu’il prend connaissance de notre programme il nous invite à aller, en attendant notre train de 22h20 pour Vinh, diner chez une amie à lui vietnamienne, Loan, qui tient une pension non loin de là. Nous nous fixons donc rendez vous chez « Loan » à 16h puis nous allons faire notre ballade en bateau, dans lesquels les rameurs essaieront de nous vendre des nappes brodées avant de nous amener chez leurs amis « barques épiceries » acheter des boissons pour se rafraichir : en bref, une promenade jolie mais hyper touristique.
Nous allons donc comme convenu chez « Loan ». Elle et son mari étaient des rameurs (oui oui, son travail consistait à ramer les barques des touristes). Elle a toujours voulu ouvrir une pension et économisera pendant douze ans pour pouvoir réaliser son rêve et acheter son petit pied à terre. Une amie à elle, française, l’aidera aussi financièrement à finaliser la somme requise pour l’achat, tandis que Loan, elle, en plus d’être rameuse le jour, brodera des nappes la nuit. Cela lui permettra d’aller sur Hanoi trois jours par semaine pour apprendre le français, embarquant avec elle sa fille de trois ans. Jacques la conseillera dans l’aménagement et la gestion de son affaire et voilà, Loan a réussi à ouvrir son hôtel il y a 9 mois, et parle un français impeccable. Jacques lui nous raconte un peu sa vie, plutôt ses cent vies !
Il s’avèrera que Jacques connait le Maroc mieux que moi-même. Après avoir fait HEC, Il a été dans les plus grands palais de Fès tout en ayant voyagé dans des soutes de bateau avec des clandestins dans les années 60. Il me citera d’ailleurs des noms de famille arabes et d’endroits au Maroc qu’aucun touriste ne m’aie jamais cité. Après avoir vécu quelques années rustiques au Sénégal où il se mariera et aura un enfant, il divorcera et ira s’installer à New York où il représentera le Club Méditerranée pendant des années. C’est d’ailleurs lui qui inventera le terme « Club Med » en 1974 pour séduire la clientèle anglo-saxonne. Il représentera ensuite tous les Relais et Châteaux ainsi que les grands hôtels de la côte d’Azur à New York, épousera sa deuxième femme, un mannequin américain avec laquelle il aura une vie de pacha, entretenu par sa clientèle hôtelière luxueuse de France mais aussi d’Italie ou de Saint Barth. Il nous donnera d’ailleurs un paquet de bonnes adresses au fin fond de l’Italie où nous rêvons d’aller… qui sait, pour de grandes occasions !:)
Lassé du luxe et des paillettes, et accessoirement de sa femme matérialiste, il plaquera tout et ira s’installer en Thaïlande où il sera professeur de marketing à Bangkok pendant six ans. Notre infatigable bonhomme finira enfin par atterrir au Vietnam. Rien chez lui ne laisse deviner sa vie d’avant, mis à part peut être son petit pull rouge Ferrari. Il mène au Vietnam une vie simple et est quelqu’un d’extrêmement humble et très sympathique et, à le voir comme ça, dans cette petite pension modeste à attendre impatiemment les plats mijotés par sa petite Loan, nous comprenons mieux notre première impression, car il renvoit bien l’image de quelqu’un de simple et sans prétentions, et c’est bien ce qu’il est finalement, malgré une vie passionnante. Une preuve peut être que ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur dans la vie, mais les plaisirs simples que nous offre la vie au quotidien. Nous l’écouterons nous raconter ses histoires (de toute façon Jacques adore parler de lui J ), comme des enfants captivés et puis nous dinerons avec lui, son fils et un couple d’amis à lui français.
Nous qui appréhendions de passer 6 heures dans une gare déserte et poussiéreuse à attendre, voilà notre attente rendue bien agréable ! Loan nous réservera un hôtel pour le lendemain mati à Vinh, et nous voila partis pour la gare.
A la gare et dans le train, lorsque nous demandons à quelle heure nous arrivons à Vinh, on nous fait le signe deux avec les doigts. Nous comprenons donc que nous n’arrivons pas à quatre heures comme nous l’avait dit l’agence mais autour de deux heures. Nous mettons donc notre réveil à 1h45 même si nous savons que nous pouvons attendre un quart d’heure comme une heure, et attendons patiemment, sacs sur le dos, que notre train rentre en gare, à 2h20 finalement. Nous arrivons à notre hôtel, dormons dans notre chambre sans fenêtre et avec une odeur insoutenable d’humidité. Le lendemain, il pleut et nous décidons d’annuler notre journée à Vinh pour quitter directement pour le Laos. Nous prenons un taxi et essayons de lui expliquer que nous voulons la station de bus, en montrant tous les bus qui passent et en disant Laos. En effet, Vinh n’étant pas une ville touristique, les chauffeurs de taxi ne parlent pas un mot d’anglais. Normalement, notre guide Lonely Planet (sorte de guide du routard) nous sauve dans ces situations car on y trouve le nom gare écrit en alphabet local ainsi qu’un plan que nous montrons au chauffeur. Mais là, pas de guide car, étant sur la fin de notre séjour, nous l’avons laissé à des Australiens rencontrés à la baie d’Halong. Le chauffeur nous passe au téléphone quelqu’un qui parle anglais, mais il faut croire que « bus station » ne fait pas partie de son vocabulaire non plus. Nous finissons par descendre un peu n’ importe où et marchons sous la pluie avec nos sacs à dos.
Nous finirons par trouver la station au bout d’une demi-heure. Un jeune homme surexcité nous tire par le bras à peine arrivé et nous entraine vers son bus en criant Laos Laos. Mario essaie de le calmer et surtout de négocier le prix tandis que moi, je fais l’attraction de tous les voyageurs à la gare qui semblent n’avoir jamais vu de touriste de leur vie ! Nous finirons par monter dans ce fameux bus, avec le « surexcité » qui s’avèrera, je pense, être un autiste ou tout cas hyperactif. Il ne nous lâchera pas d’une semelle, trop content d’avoir des étrangers avec lui, montrant fièrement à tous les passants dans la rue qu’il avait réussi à avoir des touristes dans son bus, comme si nous étions des proies, nous prenant en photo avec son téléphone portable et nous montrant fièrement une photo d’un touriste qui avait sûrement du subir le même sort… Il voudra savoir tout sur nous et d’où on vient et je pense que nous aurons avec notre présence animé toute sa semaine, voire son mois ! Il finira même par s’endormir la tête sur mon épaule. Il sera plutôt touchant, mais tout de même un peu étouffant J
Passage de douane en plein montagne. La visibilité est presque nulle, nous sommes dans les nuages et il pleut à torrent. Le douanier refuse de nous tamponner les passeports tant que nous ne lui donnons pas deux dollars, totalement arbitraire et sachant que les locaux eux bien entendu, ne donnent rien. Côté Laotien nous avons droit au même traitement, il faut payer pour avoir son passeport étranger tamponné, mais là ils se sont fendus d’un imprimé comme si la chose était plus honnête ou légales ainsi. Nous négocions ensuite le transport pour la prochaine ville au Laos, à une heure de là, avec un bus local, c'est-à-dire une sorte de camionnette ouverte. En attendant le départ nous tomberons nez à nez avec un camion passant la frontière rempli d’une bonne cinquantaine de chiens, entassés les uns sur les autres et en pleurs. Nous savons pertinemment que ces chiens sont amenés au Vietnam pour y être mangés et nous qui adorons les chiens avons du mal à enlever cette image horrible de notre tête pendant un moment.
Après une heure de route, nous arrivons à la première ville au Laos, Lak Sao. Le ciel est ici dégagé, les paysages beaux et l’atmosphère paisible. Nous allons de ce pas prendre notre petit déjeuner/ déjeuner/ diner car ce n’est pas tout, mais il est 18h et ce long voyage nous a bien creusé l’appétit !
Voici un petit trajet sorti de tous ces coins touristiques qui m'a bien plu...
Maj, arrête de vendre le fait que tu ne veuilles pas prendre l'avion en y trouvant plein de côtés positifs ! LOL (je plaisante)
Très sympa cette histoire de Loan, la chance d'avoir recontré des personnes locales...Et contente qu'elle vous ait ainsi trouvé un hotel! Ca de moins à gérer...
J'aurais beaucoup aimé rencontrer Jacques: quelqu'un qui a tant voyagé,touché à tant de choses et rencontré tant de personnes (étant donné ses métiers)... Ce doit être une personne riches (dans sa tête hein ;) ),qui doit avoir quelque part une certaine dimension sprituelle (j'entends par là son ouverture, son humilité...).D'ailleurs n'a-t-il pas choisi la simplicité à la richesse ?...
Oui, j'aurais beaucoup aimé le rencontré... Votre manière de parler de lui me plait énormément...Et correspond aux types de personnes que j'aime découvrir, surtout aujourd'hui...
J'ai pensé à vous pour cette histoire de problème de langue: il n'y a pas longtemps, j'ai découvert que des dictionnaire multi-langue avaient été écrits: il s'agit en fait juste d'images que l'on montre, et représentant les choses dont nous avons principalement besoin quand on voyage... Forcément au tél c'est pas l'idéal :) mais il y a des moments où ça pourrait être bien pratique...A moins d'avoir certains talents artistiques et de se le faire ;) Mais peut être connaissiez-vous...
Beurk...Autant vous vous êtes bien régalé jusque là et je testerais bien vos nouveautés culinaires, autant les chiens :(
BISOUS !! et désolée... encore un roman...j'aime toujours autant parler, ça n'a pas changé ça ;)
Au fait! grand jour: Maj tu as écrit cette étape le jour de ma nouvelle décennie...
Encore un signe me disant que les 10prochaines annéees, de fabuleux voyages m'attendent... ;)
BISOUS à tous les 2 !!!!