Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 11:00

Rédigé par Maj

Et voilà. On est en Inde.
On attend tellement de choses de l’Inde qu’on se demande ce qui va prendre le dessus. En tout cas, de toutes les personnes que nous avons croisées durant notre voyage (beaucoup de personnes visitent l’Inde avant d’aller au Népal) personne n’avait l’air ravi du Rajasthan et tout le monde nous disait que ca faisait vraiment du bien de faire le Népal après avoir fait l’Inde !
Aussi, nous avons toujours entendu tellement de choses différentes sur ce pays que nous avons l’impression que soit on adore soit on déteste ! Les images que nous avons sont : plein de couleurs, une cuisine délicieuse, de la saleté, beaucoup de pauvreté, des temples et des sourires. Première destination : Darjeeling.

Darjeeling, c’est l’Inde, mais dans un cocon, en hauteur, laissant la pauvreté au pied de la montagne de 2000 m sur laquelle elle est perchée, laissant aussi le sentiment national indien de côté. Ici, nous avons  l’impression d’être encore dans une atmosphère anglo-indienne ce qui confère beaucoup de charme à cette ville. De jolies maisons coloniales, des plantations de thé, des salons en bois auprès de feux de cheminée, de vielles voitures, on s’y sent bien et les gens sont hospitaliers. Cela étant dit, les habitants de Darjeeling eux se considèrent ni vraiment anglais ni vraiment indiens puisque à peine arrivés dans la région, nous faisons connaissance avec un mot que nous verrons après partout, dans cette région, sur les épiceries, les hôtels, les routes : Gorkhaland.
La région veut son indépendance, avec ses voisons états du Bengale occidental et le prône haut et fort. Les Gorkhas sont des habitants des hauteurs de l’Himalaya et sont connus pour leurs actions militaires au sein de l’armée britannique, notamment pendant les 2 guerres mondiales. Nous avons tout de même du mal à prendre ce désir d’indépendance au sérieux, le nom de Gorkhaland semblant plus enfantin et imaginaire que crédible à nos yeux, et les slogans et peintures semblant être plus le fait de petits groupes de jeunes idéalistes travaillant dans le maintien des autoroutes que partagés par l’ensemble de la population. Mais ceci n’est que notre impression, et peut être que nous mesurons mal la ténacité et l’importance de ce mouvement.

Nous flânons donc deux jours dans la ville puis quittons pour prendre notre train, à 4 heures de là. Etant donné que c’est un jour de grève nationale (décidemment y a pas qu’en France que ça arrive) nous mettrons 6 heures à descendre (au lieu de 3), paierons 4 fois le prix, attendrons 12 heures à la gare notre train, et finirons pas être dans une des classes les plus mauvaises du train, la classe « sleepers » (nous avons même l’impression que c’est le titre d’un film d’horreur tellement on nous aura parlé de cette classe dans les trains indiens). Les autres classes, qui sont les AC (climatisées, Air Conditionnés) sont complètes. Le décor sera effectivement au choix celui d’un train de bétail ou bien celui d’une prison. Des ventilateurs glauques sont accrochés au plafond, il n y a aucune literie, les fenêtres sont petites, rares et basses et les compartiments sont ouverts et comportent 8 lits où sont entassées en fait plutôt 11 personnes. Le voyage se passe néanmoins relativement bien même si le train est plein et bruyant ... Nous réussirons  à plus ou moins dormir dans nos lits surélevées même si Mario insiste sur le fait qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Le train est propre, des vendeurs ambulants passent avec des plateaux fumants de samossa et d’autres en-cas traditionnels indiens embaumant le train d’odeurs délicieuses, les femmes se parfument et sortent leurs miroirs de poche le matin pour se maquiller tandis que les hommes discutent entre eux ou lisent le journal. Nous découvrons la culture indienne, nous nous retenons de sauter sur les plats, par peur de tomber malade, et regardons comme des enfants entre les barreaux des fenêtres. 
 

Nous arrivons à Vârânasî, anciennement Bénarès, ville la plus spirituelle d’Inde. Vârânasî est en effet au bord d’un fleuve sacré, le Gange. On y prie, on s’y baigne pour laver ses péchés et surtout les indiens y viennent de partout pour incinérer leurs défunts dans l’eau sacrée, ammener à la fin du cycle des réincarnations. La ville est donc connue pour présenter un très fort attrait, mais aussi pour être difficile pour les touristes étrangers. En d’autres termes, on commence par le plus dur.

La ville en effet se révèlera extrêmement spirituelle. Sur les bords du fleuve un épais brouillard constamment présent lui confère une aura mystique, dans lequel se dessinent des prêtres hindous habillés en orange, récitants des chants religieux. A l’aube, des pèlerins venus des quatre coins de l’Inde se mêlent aux habitants de la ville pour prier et se laver, certains méditent pendant des heures tandis que d’autres pratiquent des cours de yoga sur les abords du fleuve, que l’on appelle aussi « Ghats ». Le soir, des familles entières viennent entendre des chants religieux et jeter des bougies en fleurs en signe de respect pour les dieux. La nuit et le jour, on peut entendre des groupes de personnes chantant dans les rues à l’occasion de processions funéraires, amenant religieusement le corps du défunt auprès des « Ghats de crémation », où des indiens de castes inférieurs seront chargés de brûler ce qui n’est dans la tradition Hindouiste qu’une enveloppe charnelle.

Dans la vielle ville, les rues sont étroites et sales et il nous faut slalomer entres les vaches, les gens, les ordures, les motos et les prêtres, un vrai parcours du combattant, mais c’est ce qui rend aussi l’ambiance originale et particulière. Nous avons ceci dit l’impression que si la ville est animée, une frontière invisible est franchie à mesure que l’on avance vers le fleuve, dont les eaux marron symbolisent ici la mort et le sacré. Nous avons l’impression que la ville est presque à cheval entre la vie et la mort, que c’est un point de passage. Nous verrons beaucoup de feux  crémations et serons étonnés par l’absence de présence familiale autour des bûchers. Nous verrons par exemple quatre corps brûler les uns à côté des autres, sans aucune cérémonie (la cérémonie a lieu avant pendant la procession). Nous avons l’impression que les personnes meurent seules, dans l’anonymat, que ce soit des mères des fils ou des frères, ce sont des esprits dans des corps, c’est tout. Difficile comme constat, anéantissant toute la vie qu’elles auront eu, les personnes qu’elles auront étés. Comme si ici, on mourrait sans proches, sans personnalité, comme si à la frontière du Gange, la vie qu’on a eue n’existait déjà plus.

Cela étant dit, plein d’autres choses, bien plus gaies se passent à Vârânasî. Nous apprenons ainsi par l’intermédiaire d’un photographe français rencontré à notre hôtel, que c’est la saison des mariages en Inde et surtout qu’il y en a un énorme le soir même au « Taj Hôtel » de la ville. Alors là, avides de voir un petit peu la classe aisée indienne, le Taj, ainsi qu’à quoi ressemblent les cérémonies de mariage en Inde, nous enfilons nos plus beaux habits (tout est relatif, nous sommes tout de même backpackers J ) grimpons dans un rickshaw et traversons la ville pleins d’excitation. Le mariage est grandiose, la famille attend environ 1 000 invités et a privatisé une partie du « Taj Hôtel » pour l’occasion, qui n’est autre que l’hôtel le plus luxueux de la ville. Nous assistons à l’arrivée traditionnelle du marié, me rappelant énormément le Maroc, comme une multitude d’autres choses en Inde de la langue en passant par les coutumes et les habits. Les hommes et le marié arrivent d’un autre hôtel, le marié sur un cheval entouré des invités, de musiciens, d’une vingtaine de lustres portés à même les bras et devancé par un énorme feu d’artifice. Nous passons un moment très sympathique poussant le bouchon jusqu’à tenter un verre au bar de l’hôtel avant de rebrousser chemin timidement après avoir vu les prix des verres (8 euros le verre, pour nous une fortune puisque c’est presque notre budget quotidien pour manger à deux, eh oui nous avons changé d’échelle! J)

Le dernier jour à Varanasi sera une vraie catastrophe ! Mario s’y fera voler ses chaussures, là ou nous ne pensions vraiment pas que cela serait le cas, puisqu’elles étaient à l’entrée d’un temple Hindou, c’est à se demander s’ils pensent vraiment avoir un bon karma comme ça ! Quant à moi, je me fais un « Koh Lanta » à mon échelle, puisque je dois passer à deux reprises par un endroit étroit rempli d’énormes cafards surexcités (plus d’une vingtaine), puis je dois passer à 50 centimètres d’un rat et pour finir, alors que nous arrivons enfin dans le train, en classe climatisée (sauvés !), je réalise avec horreur, que le train est rempli de souris. Après avoir passé une heure recroquevillée sur moi-même, sur un lit en hauteur, à pester contre ces foutues bestioles voire l’Inde en général, je finirai par prendre un somnifère et par m’endormir sur une journée dont j’aurai bien pu me passer !

 Nous arrivons au petit matin dans la ville d’Agra, ville du Taj Mahal. Après avoir visité le Taj Mahal, qui est splendide, magnifique, encore plus beau qu’en photo, une construction tellement parfaite qui fait de ce monument presque un mirage, nous rencontrons notre chauffeur pour la suite de notre voyage en Inde qui se fera à bord de l’emblématique voiture Tata (fini les journées Racafarsouris !). Nous nous arrêtons sur la route, à une heure d’Agra, à un endroit qui pour nous n’a vraiment pas la réputation qu’il mérite.
Ce lieu s’appelle Fatehpur Sikri, et c’est une sorte de ville idéale qui a été construite par un Afghan Moghol nommé Akbar il y a cinq siècles de cela. En effet, l’Inde faisait partie de l’empire Moghol (nom donné aux descendants des Monghols ayant migré en Perse) de 1526 à 1857, empire  sous domination afghane et regroupant l’Inde, l’Afghanistan et le Bengale. Akbar, descendant de Genghis Khan, était un des plus grands empereurs moghols ayant régné sur l’Inde et ce sera son petit fils qui construira plus tard le Taj Mahal, d’architecture moghole. Ayant grandi en Afghanistan et de culture musulmane, Akbar était réputé lors de son règne auprès des hindous pour sa grande tolérance et son ouverture d’esprit. Il avait donc, comme tout musulman qui se respectait à l’époque, 3 femmes, dont une hindoue, une chrétienne et bien sur une musulmane. Convaincu que toutes les religions se rejoignaient, il créa une religion qu’il nomma « din allahi » et s’entoura des plus grands savants et religieux des différentes croyances au sein de cette petite ville. Il y habita avec ses savants et son harem, dans un palais ou il fit bâtir une mosquée, un temple hindou, un palais pour sa femme chrétienne, et un palais pour sa femme musulmane. Le palais principal sera pour sa femme hindoue car ca sera elle qui lui donnera son premier fils. Il créera également une salle de prières et de religion, avec une colonne en son milieu présentant les symboles de toutes les religions de l’hindouisme à la religion chrétienne en passant par l’Islam.

Au-delà de la majesté du lieu, en particulier de l’esplanade de la mosquée et de ses portes qui sont grandioses  (cf photo), dignes des plus grands palais andalous, nous sommes également impressionnés par ce message d’unité et de tolérance qu’a tenté de véhiculer Akbar, surtout pour l’époque, et regrettons que ce message soit loin d’être prédominant aujourd’hui. Nous sommes aussi étonnés du manque de popularité de cet endroit grandiose, mais nous sommes dans un pays hindou, il ne faut pas l’oublier.

Nous reprenons la route, sur notre petit nuage de paix et de tolérance, pour nous rendre à Udaipur, ville magique elle aussi, entourant un lac et qu’on nomme la « Venise du Rajasthan »…

 

 

Par Maj&Mario
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