Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 09:32

Rédigé par Maj

 

Eh oui, l’aventure a du bon…et du mauvais !

Le Sud du Laos, un endroit paradisiaque qui s’appelle les 4000 îles, composé d’ilots de verdure baignant dans un Mékong bleu ciel : un endroit de rêve. Dès notre arrivée, le paradis n’est pas tellement au rendez vous puisque nous arrivons en bus de nuit, ce qui n’est pas le sommeil le plus réparateur, je suis  depuis deux jours fatiguée et nauséeuse (et non, pas enceinte J ), j’apprends sur la route que mon père, qui va heureusement mieux depuis, est malade, et à notre arrivée il pleut des cordes. Nous attendons que tout cela passe dans notre chambre et le lendemain, le ciel est bleu et le soleil cogne, je vais mieux, alors nous décidons d’aller visiter les îles et les spectaculaires chutes d’eau qui les entourent.

Pour ce faire, nous voulons à tout prix éviter les formules groupées à touristes dans un mini bus, et préférons, sur le conseil de Nîmois avisés, louer un scooter et sillonner les îles librement grâce à ce moyen de transport, avec l’aide de barges pour passer d’île en île.

Mais sur l’île où nous résidons, il n y a pas de scooter « automatique », soit les plus simples à manipuler, uniquement à vitesses. Mario sait conduire une moto, il me le confirme même si je suis un peu sceptique lorsque je vois qu’il a du mal à démarrer la machine... Nous passons une superbe journée : nous traversons des îles désertes sur des pistes en forêt, nous nous arrêtons au bord de chutes merveilleuses et nous désaltérons de jus de fruits exotiques dans des petits bungalows perchés sur le Mékong.

Tout le long, conscients de notre peu d’expérience en moto, nous roulons prudemment et lentement et Mario se débrouille comme un chef. Vers 15 heures nous sommes de retour sur l’île où nous résidons, la plus grande île, soit 18 km de large et de long environ. Trop contents d’être arrivés à bon port et portés par notre élan, nous décidons de continuer notre ballade en faisant le tour de notre île, que nous ne connaissions pas encore, avant de rendre le scooter à Mr Pon, notre loueur mais aussi un peu le dieu du tourisme sur notre île. Il tient en effet la meilleure auberge de l’île, un hotel flambant neuf et prodigue de précieux conseils aux voyageurs grâce à un très bon français.

Mais voila, la route ici est bien goudronnée, et nous roulons un peu plus vite, à environ à 50 ou 60 à l’heure lorsque devant nous apparait un gros trou, occupant toute la largeur de la route, donc impossible à éviter. Eh oui c’est ça les routes laotiennes, il y a des petites surprises de temps à autre ! Mario freine fort, trop fort, en utilisant d’après ce qu’on nous dira plus tard les mauvais freins, c'est-à-dire les freins « casse gueules », ceux du guidon et non la pédale d’en bas. Nous dérapons complètement et tombons sur le bas côté. Je tombe sur Mario donc je suis blessée mais Mario bien plus. Il hurle de douleur au début, ce qui me fera totalement paniquer mais nous réalisons avec soulagement que ni l’un ni l’autre n’avons quoi que ce soit de cassé.

Nous sommes seuls sur la route, il y a un soleil de plomb et nos affaires sont éparpillées partout, le scooter renversé sur la route. Nous essayons de reprendre nos esprits, s’inquiétant chacun du sort de l’autre, rinçons nos plaies avec une bouteille d’eau et décidons qu’il faut absolument aller nous désinfecter tout de suite. Le scooter, dont le phare est cassé et le rétroviseur droit envolé, marche très bien à notre grande surprise. Mais quelques mètres plus loin je suis en état de choc et avec la vue de tout ce sang et de ce qui s’est passé je fais une baisse de tension et demande à Mario de s’arrêter. Je m’allonge sur le bas côté et nous voilà très vite entourés de tout le village qui nous répète d’aller à l’hôpital. Je sais que je n’ai qu’une baisse de tension car je n’ai reçu aucun coup sur la tête, et je sais surtout que Mario, dont les habits sont déchirés et les plaies bien plus nombreuses et profondes que moi, est dans un état pitoyable et ne se plaint pas, car il est dur au mal mais je m’inquiète pour lui. J’essaie de me lever à trois reprises mais j’en suis incapable. Une adorable femme m’héberge chez elle et m’allonge sur son hamac, mais pendant ce temps personne ne s’occupe de Mario, qui me rappelle timidement qu’il « saigne comme un porc et qu’il ne faut pas qu’on tarde ». Je propose à Mario qu’il me laisse là et que je me débrouillerai pour rentrer quand j’aurai récupéré des forces, qu’il aille se soigner et rendre le scooter mais il ne veut pas me laisser seule.

Nous finissons par monter dans un camion, moi avec un vicks contre l’évanouissement collé au nez et Mario mordant la poignée de son sac à dos de douleur, le scooter à l’arrière et en route pour l’hôpital.

Là bas, ils nous soignent et nous désinfectent grossièrement et ils ne parlent aucun anglais. Nous rendons le scooter, les dédommageons du montant des réparations qui s’avèrera raisonnable puisqu’uniquement de 35 Dollars. Le lendemain, après une nuit difficile, nous allons dans une plus grande ville pour nous soigner. Cette fois-ci, Mario sera traité comme un roi, les infirmières seront professionnelles et nettoieront parfaitement ses plaies. Mario se retrouvera donc, avec environs 6 gros bandages (ce sont tout de meme des brulures du deuxieme degre) sur les avants bras et les jambes tandis que moi, je n’aurai qu’un pansement au pied, une blessure qui me fera par contre boiter et une autre légère à la main. Mario m’a en fait servi de pare choc à son détriment, le pauvre!

Voilà. Cet accident nous a mis un bon coup au moral  pendant quelques jours mais maintenant nous avons digere l'incident. Dans la rue les gens nous regardent beaucoup, notre passage suscitant un peu d’inquiétude, beaucoup de questions, sur ce qui s’est passé ou plus souvent encore, des rires « motobike, motobike... yes yes motobike ». Eh oui, maintenant que la douleur est derrière nous, même nous, nous en rions aussi un peu nous même et j’appelle Mario mon petit bonhomme Michelin. Cela nous vaut aussi beaucoup de discussions avec d’autres touristes ou locaux et nous sommes au courant de tous les accidents de scooters qu’il y a eu depuis 10 ans entre la Thaïlande et le Laos !J A priori ces accidents sont extrêmement fréquents et nous avons eu énormément de chance de n’avoir rien de cassé. Nous nous disons que cela aurait pu être pire, surtout lorsqu’on nous a parlé d’une Suissesse qui était au même hôpital que  nous et qui s’était cassé les deux bras, le droit en faisant du vélo entre le Cambodge et le Laos, et le bras gauche en descendant les escaliers, tellement abattue par les anti douleurs de son bras droit….

Nous sommes arrivés aujourd’hui à Bangkok et j’écris cet article pendant que Mario se fait changer ses bandages. L’accident a eu lieu il y a cinq jours. Je boite encore un peu, nous ne pouvons pas nous baigner pendant une semaine et  Mario va se taper des parasols et de l’écran total jusqu’à la fin de notre séjour !:) Mais nous avons et le moral, et le sourire et j’avoue même que le fait que je boite nous sert d’excuse pour aller écumer tous les grands centres commerciaux de Bangkok dont on nous a tellement parlé ! Un peu de shopping ne nous fera pas de mal !:)

 

 

Par Maj&Mario
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 09:24

Rédigé par Maj

Traversée de frontière à l’horizon.

Nous commençons à en prendre l’habitude et à connaitre les caractéristiques de ces voyages particuliers : le voyage sera long, l’attente et l’inconfort feront partie du lot, nous devrons négocier les prix de l’autre côté de la frontière où les transports seront pittoresques et hasardeux, et la fin du voyage se terminera dans le premier bled que l’on trouvera de l’autre côté de la frontière car généralement, la nuit tombe et il n y a plus de transports disponibles. Mais c’est dans ces voyages là qu’il y a le plus d’imprévus et d’authenticité et nous croisons souvent sue notre chemin des villes où les touristes ne viennent jamais, préférant largement l’avion, pour gagner du temps.

Nous avons bien monté notre programme cette fois ci : nous commençons avec une excursion au départ de Hanoi, consistant en une ballade en barque sur une rivière à trois heures en dessous de Hanoi. Puis, au lieu de remonter nous restons sur place dans la ville de Ninh Binh pour prendre le train se dirigeant vers le sud qui doit passer à 22h20. Nous arriverons le lendemain à l’aube  à la ville vietnamienne de Vinh, à 4 heures du matin, y passerons la journée et une nuit  pour voir ce qu’est une vraie ville vietnamienne non touristique, puis partirons  le lendemain matin pour la frontière du Laos, à trois heures de là.

Première chose : anticiper notre arrivée à 4 heures du matin à Vinh et appeler donc un hôtel afin de réserver une nuit ainsi qu’un très « early check in ». En effet, quelques jours auparavant à Hanoi nous avions eu le malheur d’arriver à 05 heures du matin, et de surcroit sous la pluie. A l’hôtel nous avions du finir notre nuit sagement sur les bancs dans le hall, à côté du veilleur de nuit, attendant que le jour se lève et que la pluie cesse pour pouvoir sortir… Mais Vinh n’est pas une ville touristique et au bout de trois hôtels j’abandonne car personne ne parle anglais et nous n’aurons donc d’autre choix que d’essayer de trouver un hôtel en arrivant au petit matin. Eh oui, le problème d’un tour du monde est aussi que nous prenons des transports locaux et que les horaires sont parfois assez agressifs.

C’est parti, le bus passe nous chercher à 8h du matin pour l’excursion. Nous embarquons avec nos gros sacs à dos. Sur la route, nous rencontrons un Français, Jacques, que nous prendrons au début pour un campagnard débarquant de sa province mais, après avoir échangé quelques mots, nous réaliserons aussitôt que nous sommes loin du compte. Jacques habite à Hanoi depuis 5 ans et lorsqu’il prend connaissance de notre programme il nous invite à aller, en attendant notre train de 22h20 pour Vinh, diner chez une amie à lui vietnamienne, Loan, qui tient une pension non loin de là. Nous nous fixons donc rendez vous chez « Loan » à 16h puis nous allons faire notre ballade en bateau, dans lesquels les rameurs essaieront de nous vendre des nappes brodées avant de nous amener chez leurs amis « barques épiceries » acheter des boissons pour se rafraichir : en bref, une promenade jolie mais hyper touristique.

Nous allons donc comme convenu chez « Loan ». Elle et son mari étaient des rameurs (oui oui, son travail consistait à ramer les barques des touristes). Elle a toujours voulu ouvrir une pension et économisera pendant douze ans pour pouvoir réaliser son rêve et acheter son petit pied à terre. Une amie à elle, française, l’aidera aussi financièrement à finaliser la somme requise pour l’achat, tandis que Loan, elle, en plus d’être rameuse le jour, brodera des nappes la nuit. Cela lui permettra d’aller sur Hanoi trois jours par semaine pour apprendre le français, embarquant avec elle sa fille de trois ans. Jacques la conseillera dans  l’aménagement et la gestion de son affaire et voilà, Loan a réussi à ouvrir son hôtel il y a 9 mois,  et parle un français impeccable. Jacques lui nous raconte un peu sa vie, plutôt ses cent vies !

Il s’avèrera que Jacques connait le Maroc mieux que moi-même. Après avoir fait HEC, Il a été dans les plus grands palais de Fès tout en ayant voyagé dans des soutes de bateau avec des clandestins dans les années 60. Il me citera d’ailleurs des noms de famille arabes et d’endroits au Maroc qu’aucun touriste ne m’aie jamais cité. Après avoir vécu quelques années rustiques  au Sénégal où il se mariera et aura un enfant, il divorcera et ira s’installer à New York où il représentera le Club Méditerranée pendant  des années. C’est d’ailleurs lui qui inventera le terme « Club Med » en 1974 pour séduire la clientèle anglo-saxonne. Il représentera ensuite tous les Relais et Châteaux ainsi que les grands hôtels de la côte d’Azur à New York, épousera sa deuxième femme, un mannequin américain avec laquelle il aura une vie de pacha, entretenu par sa clientèle hôtelière luxueuse de France mais aussi d’Italie ou de Saint Barth. Il nous donnera d’ailleurs un paquet de bonnes adresses au fin fond de l’Italie où nous rêvons d’aller… qui sait, pour de grandes occasions !:)

Lassé du luxe et des paillettes, et accessoirement de sa femme matérialiste, il plaquera tout et ira s’installer en Thaïlande où il sera  professeur de marketing à Bangkok pendant six ans. Notre infatigable bonhomme finira enfin par atterrir au Vietnam. Rien chez lui ne laisse deviner sa vie d’avant, mis à part peut être son petit pull rouge Ferrari. Il mène au Vietnam une vie simple et est quelqu’un d’extrêmement humble et très sympathique et, à le voir comme ça, dans cette petite pension modeste à attendre impatiemment les plats mijotés par sa petite Loan, nous comprenons mieux notre première impression, car il renvoit bien l’image de quelqu’un de simple et sans prétentions, et c’est bien ce qu’il est finalement, malgré une vie passionnante. Une preuve peut être que ce n’est pas l’argent  qui fait le bonheur dans la vie, mais les plaisirs simples que nous offre la vie au quotidien. Nous l’écouterons nous raconter ses histoires (de toute façon Jacques adore parler de lui J ), comme des enfants captivés et puis nous dinerons  avec lui, son fils et un couple d’amis à lui français.

Nous qui appréhendions de passer 6 heures dans une gare déserte et poussiéreuse à attendre, voilà notre attente rendue bien agréable ! Loan nous réservera un hôtel pour le lendemain mati à Vinh, et nous voila partis pour la gare.

A la gare et dans le train, lorsque nous demandons à quelle heure nous arrivons à Vinh, on nous fait le signe deux avec les doigts. Nous comprenons donc que nous n’arrivons pas à quatre heures comme nous l’avait dit l’agence mais autour de deux heures. Nous mettons donc notre réveil à 1h45 même si nous savons que nous pouvons attendre un quart d’heure comme une heure,  et attendons patiemment, sacs sur le dos, que notre train rentre en gare, à 2h20 finalement. Nous arrivons à notre hôtel, dormons dans notre chambre sans fenêtre et avec une odeur insoutenable d’humidité. Le lendemain, il pleut et nous décidons d’annuler notre journée à Vinh pour quitter directement pour le Laos. Nous prenons un taxi et essayons de lui expliquer que nous voulons la station de bus, en montrant tous les bus qui passent et en disant Laos. En effet, Vinh n’étant pas une ville touristique, les chauffeurs de taxi ne parlent pas un mot d’anglais. Normalement, notre guide Lonely Planet (sorte de guide du routard) nous sauve dans ces situations car on y trouve le nom  gare écrit en alphabet local ainsi qu’un plan que nous montrons au chauffeur. Mais là, pas de guide car, étant sur la fin de notre séjour, nous l’avons laissé à des Australiens rencontrés à la baie d’Halong.  Le chauffeur nous passe au téléphone quelqu’un qui parle anglais, mais il faut croire que « bus station » ne fait pas partie de son vocabulaire non plus. Nous finissons par descendre un peu n’ importe où et marchons sous la pluie avec nos sacs à dos.

Nous finirons par trouver la station au bout d’une demi-heure. Un jeune homme surexcité nous tire par le bras à peine arrivé et nous entraine vers son bus en criant Laos Laos. Mario essaie de le calmer et surtout de négocier le prix tandis que moi, je fais l’attraction de tous les voyageurs à la gare qui semblent n’avoir jamais vu de touriste de leur vie ! Nous finirons par monter dans ce fameux bus, avec le « surexcité » qui s’avèrera, je pense, être un autiste ou tout cas hyperactif. Il ne nous lâchera pas d’une semelle, trop content d’avoir des étrangers avec lui, montrant fièrement à tous les passants dans la rue qu’il avait réussi à avoir des touristes dans son bus, comme si nous étions des proies, nous prenant en photo avec son téléphone portable et nous montrant fièrement une photo d’un touriste qui avait sûrement du subir le même sort… Il voudra savoir tout sur nous et d’où on vient et je pense que nous aurons avec notre présence animé toute sa semaine, voire son mois ! Il finira même par s’endormir la tête sur mon épaule. Il sera plutôt touchant, mais tout de même un peu étouffant J

Passage de douane en plein montagne. La visibilité est presque nulle, nous sommes dans les nuages et il pleut à torrent. Le douanier refuse de nous tamponner les passeports tant que nous ne lui donnons pas deux dollars, totalement arbitraire et sachant que les locaux eux bien entendu, ne donnent rien. Côté Laotien nous avons droit au même traitement, il faut payer pour avoir son passeport étranger tamponné, mais là ils se sont fendus d’un imprimé comme si la chose était plus honnête ou légales ainsi. Nous négocions ensuite le transport pour la prochaine ville au Laos, à une heure de là, avec un bus local, c'est-à-dire une sorte de camionnette ouverte. En attendant le départ nous tomberons nez à nez avec un camion passant la frontière rempli d’une bonne cinquantaine de chiens, entassés les uns sur les autres et en pleurs. Nous savons pertinemment que ces chiens sont amenés au Vietnam pour y être mangés et nous qui adorons les chiens avons du mal à enlever cette image horrible de notre tête pendant un moment.

Après une heure de route, nous arrivons à la première ville au Laos, Lak Sao. Le ciel est ici dégagé, les paysages beaux et l’atmosphère paisible. Nous allons de ce pas prendre notre petit déjeuner/ déjeuner/ diner car ce n’est pas tout, mais il est 18h et ce long voyage nous a bien creusé l’appétit !

 

Par Maj&Mario
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 15:38

Rédigé par Maj

Difficile d’écrire sur le Vietnam, un pays qui nous inspire moins de mots et surtout moins d’émotions que ses prédécesseurs l’Inde et le Cambodge. La concurrence est rude cela dit. Le pays reste néanmoins extrêmement  sympathique, les gens souriants et le séjour très agréable. Le tourisme au Vietnam est assez balisé : il est difficile de sortir des sentiers battus et de partir avec ses propres moyens. De Saigon (HO Chi Minh) au sud à Hanoi au nord, le pays est long de 1700 km, jalonné par des villes phares, étapes incontournables pour les touristes. Sorti de ces villes, ce que nous aurons fait à deux reprises pour le passage des frontières, le paysage est beau mais pas exceptionnel, et la vie peut-être authentique mais pas très traditionnelle. Une étape « hors côte » consiste à visiter les alpes vietnamiennes, mais nous n’étions pas très motivés pour revivre le froid et la montagne... J’ai même réussi à négocier avec Mario quelques jours d’arrêt dans la plus grosse station balnéaire du Vietnam, Nha Trang. Je commence en effet à sentir la fatigue du voyage de façon assez prononcée, et même si cette ville n’a rien de vietnamien et que nous avons une semaine de pause prévue dans un mois en Thailande, j’ai besoin de quelques jours de farniente avant d’attaquer le Vietnam proprement dit et le Laos. Je suis également frustrée de ne pas avoir vu ni les plages japonaises ni les plages cambodgiennes. Mario abdique de façon un peu ronchonne, on est partis! Youpi !

 

Nous arrivons du Cambodge, que nous avons quitté à 8h du matin. Nous ne croiserons pas un seul touriste de la journée lors de ce passage de frontière peu commun, les douaniers me montrant même le Danemark sur une feuille pour me confirmer que mon passeport vient bien de ce pays... Nous serons envoyé de mini bus en mini bus avec énormément de rapidité voire nous serons un peu bousculés. Les chauffeurs surexcités vietnamiens n’ont pas de temps à perdre sur leur circuit et n’apprécient pas forcément la présence de touristes ou plutôt de leurs deux gros sacs a dos qui leurs prennent de la place, donc de l’argent. Le voyage sera dur, durera treize heures pendant lesquelles nous n’aurons pas une seule pause, ni pour aller aux toilettes, ni pour manger ni pour boire. Nous arrivons donc exténués et affaiblis à Nha Trang, à 21h et nous prenons la première chambre qui nous tombe dessus. Nous avons eu 13 heures pour penser à ce que nous allons manger et nous avons voté depuis longtemps pour un plat pas vraiment vietnamien : une pizza!

Nous allons donc au premier restaurant italien que nous trouvons, nous installons sur une petite table en terrasse et commandons nos pizzas. Le patron italien comme il se doit tchatche avec Mario et, surprise : les pizzas sont parmi les meilleures que nous n’ayons jamais mangé ! Un vrai bonheur, on se détend. Enfin mon moment de détente à moi finit lorsque Alfredo, le patron du restaurant nous dit « Il faut fère attentchion, derrière vous madame les gens de la boutique habitent avec des rats, ils sortent beaucoup les rats oh lala c est vrraiment un probleme ché rats pour moi » Euh gloups, pardon ? Les rats et moi on n’a pas fini notre belle histoire d’amour en Inde ? Mario m’avoue qu’il en a vu un gros passer juste derrière moi pendant que je dinais. Je souris poliment à Alfredo et demande l’addition discrètement environ six fois à la serveuse, mes pieds perchés sur la chaise de Mario. Alors nous vous avouons que même si la pizza napolitaine n’est pas très vietnamienne et même s’il y avait des rats, oui on l’assume on ira tous les jours manger une pizza chez Alfredo ! Nous serons même indifférents et sourirons en coin lorsqu’une des clientes à l’intérieur du restaurant hurlera au rat tandis que Alfredo essaiera de lui expliquer avec un accent italien a couper au couteau » mais yé pé rrien faire, j’ai ouver la fenetre de la cuisine pour etre chantil pourr pas que vous ayez chaud, et les rats ils sortent comme ca alors ca y est basta, je n ouvre plou les fenetreu » La cliente sera choquée et je suppose qu’elle ne remettra plus les pieds au restaurant et que cela fera partie de ses anecdotes qu’elle racontera a ses amis, et je le comprends : en d autre circonstances trouver un rat dans le restaurant ou je mange me suffira a ne même pas vouloir régler l addition. Mais les pizzas étaient trop bonnes, et le patron trop gentil
J.

Nous resterons quatre jours à Nha Trang, avec pour seul soucis de ne pas avoir oublié notre livre, notre serviette et notre crème solaire. Le temps est parfait, la plage est très belle. Le seul problème est que le tourisme ici est un tourisme de masse, comprenez un tourisme composé d’Américains, d’Allemands, de Russes et d’Australiens, tous avec des pichets d’un litre de bière à 8h30 du matin. Le repère à Nha Trang est la Lousiana, une brasserie restaurant piscine et plage privée où tout le monde se retrouve, c’est agréable mais assez bruyant tout de même. Nous passerons d’ailleurs le réveillon sur cette même plage, où une grande soirée est organisée. La soirée sera sympathique, particulièrement un moment que j’apprécierai lorsque tout le monde, Anglais Australiens Vietnamiens et que sais j encore danseront pieds nus sur la plage sur la chanson « Final Countdown » Je ne sais pas combien il y avait de nationalités sur cette plage à ce moment, mais en tout cas, cette chanson fait l’unanimité dans le monde et ce moment était magique. Nous rentrerons avant minuit car il deviendra impossible de se déplacer ni même de bouger des coudes, toute la ville s’étant donné rendez vous ici pour le minuit.

Nous avons donc bien hâte le dernier jour, en tout cas surtout Mario, de quitter cet endroit sympathique et reposant mais assez « bourrin » pour retrouver le vrai Vietnam. Direction Hoi An, une petite ville à l’architecture traditionnelle vietnamienne, ou devrais je dire chinoise ?

En effet, le Vietnam du nord a été occupé par les chinois de l’an 111 avant JC à l’an 938, soit plus d’un millénaire. Après une trêve de deux siècles, le Vietnam a été envahi par les Mongols,  Gengis Khan et sa bande, puis un siècle de trêve avant le retour des Chinois, uniquement pour quelques années cette fois ci car ils seront vite chassés du territoire. Le Vietnam aura alors droit à deux siècles de trêve à nouveau avant l’arrivée des occidentaux, puis la colonisation du Vietnam par la France, de 1865 à 1954. Depuis, le Vietnam est « socialiste » même si le seul parti ayant le droit d’exister est le parti communiste, qui est au pouvoir (on ne peut d’ailleurs pas accéder à Facebook du Vietnam, comme en Chine). Même si le régime vietnamien est bien moins médiatisé que le régime chinois, il semble d’après ce que l’on a vu et entendu, être assez sévère mais de manière extrêmement discrète. Les témoignages historiques au Vietnam sont également discrets. Bon nous avouons être passé à côté de deux ou trois lieux historiques comme le musée du souvenir à Saigon qui décrivait les atrocités commises par les Anglais et les Français au peuple vietnamien (nous étions d’humeur disons un peu trop légère) puis à Hanoi nous raterons également le musée de l’histoire à cause d’horaires bien gardés de la colonisation française, c'est-à-dire 9h 11h puis 14h 16h… Un autre site nommé DMZ correspond aux anciennes bases américaines, mais il n y a absolument rien puisque tout a été bombardé par les américains eux même à leur départ. Nous n’aurons pas non plus l’occasion de pouvoir discuter avec des Vietnamiens, faute de langue, et donc je resterai un peu frustrée au niveau historique sur le Vietnam, car l’histoire récente du Vietnam, entre colonisation française, guerre du Vietnam et communisme, semble extrêmement intéressante. Mais la visite du pays, contrairement au Cambodge, n’apprend pas énormément et il vaut mieux se contenter de bons livres ou films.

Nous apprendrons néanmoins que tout cela est de l’histoire ancienne, puisque les guide vietnamiens arborent fièrement des vestes de « l’Us army », au petit déjeuner des formules américaines sont proposées à côté des vietnamiennes et sur les plages de Nha Trang les serveurs vietnamiens et les habitués américains sont les meilleurs amis du monde (au grand dam des Australiens qui eux détestent les « yankees » et sont même terriblement déçus de ne plus trouver ici des preuves des crimes commis par les Américains pendant la guerre) Les Vietnamiens ne sont pas rancuniers et nous ne partagerons d’ailleurs pas l’avis de nombreux touristes rencontrés qui se plaignaient de l’antipathie et de l’agressivité des Vietnamiens. Nous avons plutôt eu un ressenti sympathique et souriant même si nous resterons toujours méfiants quand à l’honnêteté du sourire : ce sont des commerçants rusés et affutés donc les arnaques sont présentes, et les commissions de 60% courantes.

Nous visitons donc Hoi an, ville très charmante à l’architecture traditionnelle chinoise. Nous verrons d’ailleurs tout au long de notre voyage au Vietnam bien plus de beaux témoignages de l’art et de la culture chinoise que nous n’en ayons vu en Chine. Hoi an sera également pour moi un paradis puisque la ville historique, fermée à la circulation, regorge de pas moins de 100 tailleurs : en bref cette ville est le paradis des robes, et toutes les femmes affichent un sourire béat tandis que les hommes trainent des pieds derrière. La robe coute 15 dollars, et peut être faite sur mesure le matin pour le soir même. Autant dire, j’ai le moral J

Après 2 jours à Hoi an, où nous ferons du shopping, des ballades à vélo et une visite historique, nous voila partis pour Hanoi, la capitale.  Hanoi est pleine de charme. C’est une ville qui a énormément conservé de son passé colonial. Les demeures sont somptueuses, les ambassades parmi les plus belles que nous ayons vues. La ville est très verte, avec deux grands lacs et des rues bordées d’arbres si bien que malgré les klaxons incessants, surtout dans le vieux Hanoi ou nous résidons, il règne à Hanoi une atmosphère calme et sereine, classique et romantique. Hanoi et Saigon sont totalement différentes, de la même façon que le sont Paris et Nice ou Casablanca et Rabat. L’une dynamique ensoleillée et survoltée, et l’autre  esthétique, calme et historique.

A Hanoi nous retrouvons un facteur que nous avions oubli é depuis plus d’un mois : le froid ! Eh oui, nous perdons entre Hoi An et Hanoi (si le gouvernement vietnamien pouvait éviter d’avoir des noms de villes aussi semblables cela faciliterait tout même les choses pour tout le monde) pas moins de 15 degrés, et nous devons sortir nos polaires et ranger à notre grand regret nos tongues chéries au fond de notre sac. Nous visiterons la baie d’Halong, faisant partie pour certains des plus grandes merveilles du monde, avec un ciel gris et bas et même quelques gouttes de pluie ! Nous prendrons une formule car il est pratiquement impossible de faire autrement, et malgré la multitude de bateaux environnants et le mauvais temps, le voyage qui consistera à deux jours et une nuit dans la baie à bord d’un bateau avec 15 personnes s’avèrera très agréable. La baie d’Halong est vraiment un très bel endroit, y dormir était magique et les bateaux qui nous entourent seront des bateaux charmants et non de gros paquebots à touristes. Sur le notre, nous aurons un groupe composé d’Anglais d’Australiens et d’Argentins fort sympathiques avec qui nous referons le monde et échangerons des tuyaux sur notre prochaine destination : Le Laos.

Par Maj&Mario
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 08:08

Rédigé par Mario

Enfin le Cambodge, je dis enfin car j’y avais beaucoup pensé et j’avais même dit à Maj, « le Cambodge c’est moi, je m’en occupe ! », nous arrivons donc à Phnom Penh (par la route depuis Saigon/Ho Chi Minh). D’emblée on s’y sent bien, rien à voir avec le Vietnam ici c’est beaucoup plus calme, les gens aussi sont tout sourire, et voir un brin moqueurs ( les étrangers en sont généralement la cible et ne manquent pas de provoquer l’hilarité des locaux, mais sans méchanceté aucune).  Changement de décor donc, avec en prime un hôtel avec piscine et dont la cuisine est parait-il fameuse (je confirme, le soir même je me régalais d’un Amok de poisson, spécialité locale succulente), le tout dans notre budget (il est vrai un peu plus large cette fois-ci). Autant dire que cela commence bien, même très bien, cela fait du bien au corps et au moral. Nous sommes tout sourire nous aussi…

Si l’on exclut les sites d’horreurs Khmer Rouges (qui font cependant partie du patrimoine de la société Cambodgienne et donc indissociables de la ville elle-même) Phnom Penh est une ville très agréable, au bord du Mékong, il y règne un parfum d’ancienne colonie et une certaine indolence, qui sied parfaitement au climat. Pour nous rendre en ville depuis notre hôtel un peu excentré, c’est Tuk Tuk obligatoire. Nous ferons ainsi la connaissance d’un chauffeur de Tuk Tuk très sympathique (ici ils vous donnent volontiers leur numéro de portable dans l’espoir d’une course future) et tout sourire qui, nous confiera tout de même avoir lui aussi  perdu de la famille sous le régime des Khmers Rouges (pratiquement tous les Cambodgiens que nous rencontrerons nous dirons de même, si bien que l’on peut affirmer qu’il n’y a sans doute pas un Cambodgien aujourd’hui, qui n’ait vécu le régime des Khmers Rouges dans sa chair ou celle de ces proches).

Nous quitterons Phnom Penh à regret, direction Siem Reap la ville limitrophe des temples d’Angkor. Pour nous y rendre nous ferons escale à Battambang, bon disons le, cela sera peut être le seul bémol de notre voyage au Cambodge. Battambang est plutôt austère, voir glauque, à 21h tout est fermé et l’on se croirait dans une ville fantôme. Mais l’intérêt de cette ville était surtout de pouvoir rallier Siem Reap par bateau, et de ce coté là, nous ne serons pas déçu… environ 6h de traversée grandiose sur une petite rivière, traversant de nombreux villages sur les rives, puis carrément au beau milieu de villages de pécheurs, véritables villages sur l’eau. Une odyssée magique et merveilleuse, ponctuée de « hello » et de sourires magnifiques, qui a elle seule justifiait amplement ce petit détour.

La ville de Siem Reap est étonnante et bien que touristique, très agréable, avec plein de restaurants, de petites boutiques et des supermarchés très bien achalandés (on y trouve vraiment  de tout, j’y reviendrai plus tard). Littéralement à 10mn en vélo du site d’Angkor Vat, avec ses fameux temples, elle a connu un développement fulgurant avec le tourisme sur les dix dernières années.  Angkor Vat, la « 8eme merveille », bon autant vous le dire, les temples sont certes très beaux, mais ils ne nous ont pas touché plus que cela. Il y règne une forme de vacuité, qui selon nous ôte une bonne part de la majesté  des lieux (nous rencontrerons heureusement un couple qui  partagera notre point de vue, nous rassurant un peu, car tout le monde sinon semble émerveillé par l’endroit). La ballade en vélo, en pleine nature dans les sous bois, pour aller d’un temple à l’autre en revanche nous a beaucoup séduit (mais attention, il s’agit tout de même d’un circuit de près de 40km, donc ballade sportive !), j’étais même prêt à pousser jusqu’au temple des femmes (distant de près de 28Km, cela aurait fait près de 96km dans la même journée) mais heureusement Maj me rappelera sagement à l’ordre et au bon sens, une fois n’est pas coutume !

Siem Reap restera un peu à part dans notre voyage car nous y passerons un réveillon de Noêl mémorable. Imaginez-vous, nous avons déniché un super camembert, du roquefort et du comté, avec deux bonnes baguettes de pain (eh oui l’influence coloniale de la France perdure encore, puisque la baguette comme les viennoiseries sont largement répandues au Cambodge ainsi qu’au Vietnam), et le tout arrosé d’un bon petit vin argentin, un vrai régal ! (quand je vous disais que l’on trouve de tout !). Ce dîner improvisé reste déjà comme l’un de nos meilleurs souvenirs de voyage.

On mange très bien au Cambodge, avec pas mal de riz au menu, mais vu que j’adore ça ce n’est pas un problème. Tant et si bien que je prendrais un court de cuisine afin de percer le secret des saveurs et des succulentes recettes cambodgiennes, Maj préférera se reposer pendant ce temps, mais ne boudera pas le résultat de mes efforts… héhéhé je n’étais pas peu fier.

Nous ferons également une rencontre très intéressante à Siem Reap, un Cambodgien d’une cinquantaine d’années, ayant travaillé pour nombre d’ONG au Cambodge et ayant créé la sienne propre depuis peu. Atypique, cultivé et extrêmement intelligent (même si un peu égocentrique) notre interlocuteur se révèlera une source formidable d’informations, et en quelque heures nous repartirons plus riche et repus (ah oui, nous étions dans une fameuse pâtisserie donc bon tout en discutant nous satisfaisions aussi notre gourmandise).

Après l’histoire récente à Phnom Penh, puis plus ancienne à Siem Reap, nous décidons de faire route pour les territoires reculés du Nord Est, le Ratanakiri, pour y découvrir la beauté sauvage et encore préservée de la nature Cambodgienne. Après deux jours et deux nuits (nous expérimenterons les joies des bus locaux sans clim et avec la poussière, un autre visage du Cambodge, mais toujours la gentillesse des Cambodgiens, leur sourire, celui des enfants comme celui des adultes) nous arriverons à Banlung, petite ville perdue au milieu de la forêt à environ deux heures de la frontière du Vietnam. Avec un lac dans un ancien volcan, ou je ne manquerais pas de me baigner, des chutes d’eaux, une jungle luxuriante tout autour de nous.

Dans notre Hôtel/Lodge nous ferons la connaissance de deux femmes Cambodgiennes, toute deux mariées à un français et toutes deux très attachantes et intéressantes. Nous apprendrons à cette occasion que les Cambodgiens ne peuvent voir en peinture les Vietnamiens (ce qui au regard de leur histoire est assez compréhensible). L’une de ces deux femmes,  nous confiera avoir pris une année sabbatique afin de venir vivre au Cambodge et de faire découvrir son pays à ses enfants, Monsieur les rejoignant à l’occasion des vacances, et nous échangerons et discuterons de façon très agréable et enrichissante avec elle.

Le Cambodge au final est notre second pays coup de cœur après le Japon (le troisième pour moi avec la Mongolie), malgré une histoire horrible et assez récente, la population transpire la joie de vivre. Nous n’aurons jamais tant vu de petits enfants trépignant d’impatience à la vue des touristes pour se précipiter à leur rencontre hurlant de toute leur forces un « hello » - comme dit Maj « ils sautillent tellement que l’on a l’impression qu’ils veulent nous faire coucou avec leur pieds » ! Nous n’avons jamais tant vu des enfants aussi joyeux et qui ne demandent jamais rien, ni bonbons, ni dollars. Les Cambodgiens sont si gentils, toujours aimables, et toujours un sourire aux lèvres, ce même « smile » que nous même aurons arboré tout au long de notre voyage dans ce pays.

Par Maj&Mario
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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /2010 16:21
rédigé par Maj

Le Cambodge. Un pays où vos émotions décident de faire un tour sur des montagnes russes, un vrai crève cœur. Il est impossible, aussi insensible et blasé que vous pouvez être de ne pas être bouleversé par ce pays. Son histoire est une des plus horribles qui existe, rejoignant tristement la liste des grands crimes contre l’humanité tels que la Shoah ou le génocide du Rwanda.

Le Cambodge a en effet été victime d’un des régimes communistes les plus extrémistes et les plus violents qui n’aie jamais existé. Entre  1975 et 1979, un parti révolutionnaire et communiste prénommé « les khmers rouges » prend le pouvoir sous l’autorité de leur chef, Pol Pot. Ils instaurent alors ce qu’ils appelleront le Kampuchéa Démocratique et jamais une démocratie n’aura aussi mal porté son nom.

1953,  fin de l’Indochine. Le roi Sihanouk est aux commandes pendant que chez son voisin au Vietnam, la guerre contre les américains bat son plein. Dans un contexte de bons rapports imprégnés d’idéologie communiste Sihanouk propose au Vietnam de l’aider à se défendre en leur ouvrant les frontières du nord, permettant ainsi aux troupes vietnamiennes d’atteindre le sud de leur pays en passant par la Cambodge, évitant ainsi les troupes américaines. Peu de temps après, le verdict tombe : bombardement du Cambodge par les Américains. La guerre du Vietnam se propage au Cambodge. La mise en danger du pays par la politique conjointe antiaméricaine du Vietnam et du Cambodge alimente les mouvements d’opposition. Au sein du pays complotent des impérialistes ne partageant pas la vision gauchiste de Sihanouk et de ses amis vietnamiens, parmi lesquels des membres de l’armée.1970 : coup d’état au Cambodge, le général Lon Nol, appuyé par les américains, prend le pouvoir. Le régime s’avèrera élitiste et corrompu. Pendant ce temps, le prince Sihanouk est en exil chez d’autres amis communistes, qui, eux, avaient déjà fait leur révolution et sont devenus pros en la matière, les Chinois.

Les Khmers Rouges sauront profiter de cette situation complexe et déstabilisante pour faire avancer leurs pions et prendre de l’ampleur. Ce groupuscule de Cambodgiens dont les têtes pensantes, Pol Pot et les siens, furent formés tout d’abord en France à la Sorbonne et au Parti Communiste Français, puis  entre 1960 et 1970 au Vietnam, pour le côté disons plus pratique des choses. Les Khmers Rouges n’étaient que 2000 dans les années 70, mais ils firent une alliance avec le prince Sihanouk à Pékin. Ce dernier, bafoué par le coup d’Etat de Lon Nol et prêt à tout pour le renverser à son tour, défendit leur combat lors d’un discours et conforta ainsi leur légitimité. Les Khmers Rouges se retrouvent donc avec tout le clan Sihanouk et entre 1970 et 1975, ils constituent  discrètement leur armée et gagnent des territoires progressivement dans les zones rurales.

1975 : les Khmers Rouges s’emparent de la capitale, Phnom Penh. La population les accueille comme une libération, avec l’espoir de retrouver une situation indépendante des Américains ainsi qu’une politique plus juste pour les plus démunis. Ils voient aussi derrière cette prise des Khmers Rouges le retour probable de leur roi. Ayant chassé Lon Nol, ami des américains, du pouvoir, les Khmers Rouges demandent à tous les habitants de Phnom Penh d’évacuer la ville pendant 3 jours en raison de bombardements américains imminents.

Sauf  qu’il n y a pas de bombardements américains de prévu, et que cette initiative est la première qui obéit à l’idéologie du régime du Kampuchéa Démocratique : vider les villes. Pour les Khmers Rouges, les villes ne sont pas facilement contrôlables du à une concentration d’habitants trop importante, et des groupuscules d’opposition au régime communiste peuvent facilement se former et échapper à leur contrôle. De plus, tout le monde est tenu de participer à la reconstruction du pays sur une nouvelle base, totalement agraire. En résumé, tout le monde doit devenir paysan. Ils sépareront la population en deux : les anciens, population paysanne et rurale, et les nouveaux, population qui arrive des villes, et donc qui sera traitée plus durement. Ils doivent perdre toutes leurs valeurs urbaines, jugées malsaines par le régime. La première phase du régime consiste en effet à la phase de purification, qui peut prendre selon les personnes un à deux ans, s’ils y survivent. Cette purification consiste à vivre en cultivant sa propre récolte dans des camps, à se libérer de toute croyance religieuse, de toute source de savoir, et même de sentiments et d’affection pour ses amis ou sa famille. Les Khmers Rouges veulent que les Cambodgiens vivent tous  comme des frères, autosuffisants, sans aucune dépendance extérieure sans aucun comportement matérialiste, sans aucune ville, sans aucune monnaie ni commerce, de la manière la plus simple et la plus égale possible. Ils détruisent ainsi les temples, les écoles, les hôpitaux. Ils saisissent tous les livres et tout l’argent dont disposent les gens, au gré de fouilles, et les déchirent puis les brûlent. Toute la vie se réorganise donc dans des camps dispersés dans tout le pays, les nouveaux sont hébergés chez des paysans ou dans des cabanes qu’ils construisent eux mêmes.

Pendant ces quatre années, les Cambodgiens travailleront dans les champs, 9 heures par jour, homme femme comme enfant, tous séparés, avec deux repas par jour correspondant selon les endroits et les moments à entre 30 et 70g de riz par jour par personne. Les gens ne tiennent pas et dès la première année, les décès se succèdent. Malnutrition principalement, morts de faim ou d’épidémie. Le paludisme sévit, la typhoïde également et même si des hôpitaux sont mis en place la deuxième année, il n y a plus de docteurs et pas de médicaments. Les hôpitaux consistent en un endroit ou les gens sont mis pour éviter de contaminer les autres et pour mourir à petit feu. Les docteurs, comme les professeurs, les avocats, les fonctionnaires de l’ancien régime, les rebelles au nouveau système mis en place, tous sont tués. Cela fait partie de la purification de la société et comme disaient certains hauts cadres Khmers Rouges,  « il vaut mieux un Cambodge peu peuplé qu’un pays plein d’incapables ».

 Nous visiterons deux camps Khmers Rouges à Phnom Penh. Le premier sera S21, un camp dans lequel étaient envoyés les fonctionnaires et personnes lettrées. Ce camp est une ancienne école dans laquelle les Khmers Rouges ont construit des murs de brique dans des classes constituant ainsi des cellules de 1 à 2 mètres carrés dans lesquelles étaient emprisonnés, attachés et numérotés 2 à 3 personnes. Des barbelés autour empêchaient les prisonniers de se suicider. Les prisonniers y étaient battus, au marteau, au fouet, emmenés dans des salles avec des lits en fer auxquels ils étaient attachés puis torturés. Ils étaient aussi parfois pendus à l’envers puis on leur mettait leur tête dans de l’eau puante pour les maintenir éveillés. Pour montrer à leurs supérieurs qu’ils respectaient bien les instructions les photos  des détenus leur étaient envoyées. C’est ainsi que les photos de toutes les personnes mortes dans ce camp, se retrouvent aujourd’hui exposées au rez de chaussée de l’école, dans plusieurs classes, sur de nombreux panneaux (cf dans album Cambodge à venir photo de portraits en noir et blanc). En tout 15 000 personnes  y résideront sans y survivre, parmi lesquels des bébés et des enfants.  En effet, les Khmers rouges éliminaient aussi les enfants pour éviter toute vengeance plus tard.

 Nous visiterons ensuite les Killing Fields, où étaient souvent envoyés les prisonniers du S21 pour y être tués. Les Khmers Rouges n’utilisaient pas de balles, pour économiser les munitions ainsi que pour éviter le bruit. Les gens y étaient donc battus à mort. Les fosses découvertes jusqu’à maintenant contiennent environ 8000 squelettes, et la moitié du camp n’a pas encore été déterrée. Un des arbres était appelé l’arbre magique car des baffles y étaient installées, d’où provenait de la musique forte pour étouffer les cris des malheureux. Un autre arbre consistait à prendre les bébés par les pieds et à les smasher contre le tronc, selon les confessions de plusieurs responsables Khmers Rouges.

Pendant la visite des Killing Fields et du S21, on n’entend pas un bruit, les visiteurs osent à peine sortir leur appareil photo, certains s’assoient pour reprendre leurs esprits et des panneaux indiquent qu’il est interdit de rire par respect pour les victimes. Le soir nous serons tellement choqués et attristés par ce qu’ont vécu ces personnes que nous irons boire un verre pour nous changer les idées. Mélange avec mon médicament pour le paludisme ou trop perturbée par ces images, je ne fermerai pas l’œil et serai malade toute la nuit. J’ai l’impression d’avoir vu des endroits pour films d’horreur sauf que la c’est la réalité et je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’ont vécu ces hommes, mères et enfants.

Lors de notre séjour, ce régime, qui tombera en 1979 avec l’invasion des Vietnamiens, aura laissé des traces partout, puisque pas une personne au Cambodge n’a pas des parents ou grands parents qui ont vécu ou péri pendant ces années. En effet, on estimera à environ 2 millions de morts le nombre de victimes, soit presque un tiers de la population cambodgienne de l’époque. La majorité mourra de malnutrition car si la tête pensante du régime des Khmers Rouges, appelée l’Angkar,  était lettrée, la majorité des responsables de camps ou de soldats avaient moins de 20 ans et étaient illettrés. Ils useront et abuseront de leur pouvoir nouvellement acquis, considèreront l’Angkar comme un être suprême presque abstrait, et, endoctrinés par ces propos communistes, tueront pour n’importe quel prétexte et de n’importe quelle façon les gens, que ce soit parce qu’ils ont élevé la voix ou parce qu’ils ont eu une fois dans leur vie une responsabilité. Ceci sera la principale source de déviance du régime Khmer Rouge, car si les instructions de torturer et tuer toute personne ayant un lien avec l’ancien régime de Lol Not ou les cadres  instruits venait d’en haut, les abus pratiqués au sein des camps eux étaient totalement hors de contrôle. Aussi, les responsables des camps n’avaient aucun savoir en matière de production de culture et d’irrigation et c’est précisément ce qui amena à une production mal régie et à une malnutrition aussi importante, cause principale de mort pendant ces années.

Nous discuterons avec différentes personnes sur ce sujet. Un chauffeur de tuktuk nous dira que ses grand parents, qui étaient docteurs, ont été enlevés et tués par les Khmers Rouges tandis que ses parents, enseignants, ont réussi à s’échapper avec lui, alors âgé de un an, au Vietnam. Un autre nous dira que ses parents n’étaient pas des gens instruits et donc n’ont pas été tués mais ont eu une vie très difficile car ils ont beaucoup souffert des maladies et de la faim. Pour lui et ses parents, les Khmers Rouges étaient des fous. Un autre encore nous dit  qu’il a été séparé de ses parents, qu’il a réussi à retrouver son père mais n’a été  jamais su ce qu’était devenue sa mère  jusqu’à aujourd’hui. Nous discuterons aussi avec des « négationnistes » c'est-à-dire avec un touriste italien et un cambodgien d’un certain âge et surtout d’une certaine prestance (il rencontrera pendant notre discussion le sous secrétaire d’état) qui lui nous dira qu’il est ami avec beaucoup de Khmers Rouges, que beaucoup de choses sont exagérées, que le S21 avait été crée pour les Khmers Rouges eux même et que en tout il ne doit y avoir eu que 300 000 morts. Ce monsieur, qui parlait un français parfait, a quitté le Cambodge en 1973, soit deux ans avant l’instauration du Kampuchéa Démocratique, à l’âge de 17 ans. Le touriste italien quant à lui me dit qu’il est impossible d’établir un régime communiste sans tuer toute source de rébellion, de capitalisme, sans séparer les parents des enfants, et purifier la société, que tous les grands régimes communistes ont du passer à travers cette étape et que c’est un mal nécessaire. Pour lui, il  considère que les tueries de la mise en place d’un système communiste sont bien moins néfastes que le mal que fait le système capitaliste à une société en tuant toutes ses valeurs.

 Dans un autre registre nous rencontrerons dans son hôtel un français installé au Cambodge depuis 17 ans, arrivé  en 1992 avec l’ONU en tant que casque bleu parachutiste et qui nous dira préférer largement le Cambodge d’avant, communiste et en temps de guerre que maintenant. Il avait même crée il y a 15 ans une association avec ses amis appelée « profitez de la guerre, car la paix sera terrible ». Nous attribuerons ses propos plus à des envies aventurières et individualistes à prendre au deuxième degré que de véritables opinions politiques. Nous rencontrerons aussi deux autres femmes cambodgiennes, toutes deux installées en France, et parties également en 1972 du Cambodge, toutes deux avec de terribles souvenirs de cette époque. L’une d’entre elle me confiera même préférer aller séjournée en Thaïlande car pour elle, dont toute la famille a été décapitée, il lui est très très dur de revenir au Cambodge et elle ne s’y sent pas du tout à l’aise. Elle me confiera ne même pas être capable de regarder la décoration composée de haches et d’épées que notre ami parachutiste avait fièrement accroché sur le mur.

Le plus incroyable est que tous ces anciens Khmers Rouges responsables de tant d’atrocités sont encore, la libres et parmi la population cambodgienne. Nous en avons d’ailleurs surement croisé, sans le savoir. Au niveau politique, on trouve une des jolies limites de l’ONU. En effet, l’ONU gardera comme représentant du Cambodge au sein de son organisation un Khmer Rouge jusqu’en 1992. Elle ira même jusqu’à venir installer un gouvernement provisoire en 1992 au Cambodge et finira au bout d’un an par établir une alliance avec les Khmers Rouges. L’ONU prendra 25 ans pour  accepter de juger ce crime contre l’humanité, qu’elle n’appellera pas génocide car ne correspondant pas à un massacre d’une population en raison de ses origines religieuses, ethniques ou sociales. Les cambodgiens , lésés par cette injustice devront taper du pied, ainsi que des responsables d’organisations de défense des droits de l’hommes insister pour que les responsables du Kampuchéa Démocratique soient enfin jugés si bien qu’aujourd’hui, lorsque j’achète le journal au Cambodge les gros titres sont les jugements des responsables Khmers Rouges, alors que nous sommes 30 ans plus tard.

La raison à tout cela est très simple, à l’ONU la voix des Etats Unis est prédominante, et le Cambodge a été « libéré » en 1979 par leur ennemi numéro 1 de l’époque, le Vietnam. De nombreuses puissances, dont la France, reconnaitront et soutiendront le régime du Kampuchéa Démocratique pendant les premières années, avant que de nombreux rescapés ne viennent révéler l’horreur de ce régime et n’ouvrent les yeux à l’occident. Seule l’ONU fera semblant de ne rien voir, constatant trop tard l’ampleur du massacre et étant engagée politiquement auprès des Khmers Rouges, ne voudra pas faire marche arrière et perdre de sa crédibilité.

Le premier ministre et principal dirigeant du Cambodge aujourd’hui, Hun Sen, est un ancien Khmer Rouge.

 

 


Par Maj&Mario
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