Rédigé par Maj
Frontière du Népal… Impressions d’Inde... Nous sommes tout contents, trouvons le bus qui part à priori à
Barbarise, ville à 2 ou 3 heures de la frontière, où il faudra changer pour un autre bus qui lui devrait mettre 4 heures pour Katmandou. Nous changeons d’heure, donc ici au Népal il n’est que
8h30. Nous calculons, naïfs et occidentaux que nous sommes, que nous devrions donc être à Katmandou en début d’après midi, ce qui nous laissera le temps de prendre nos repères et de largement
nous installer. Mais un belge à la tendance « soixante huitard hippie » et habitant depuis 6 mois en Inde nous dit avec un sourire en coin qu’avec les bus népalais, on pourra s’estimer
heureux d’arriver à Katmandou avant la tombée de la nuit… Ce n’est pas grave, le chauffeur met une musique de pop indienne à fond et nous sommes avec des gens locaux, complètement dépaysés et
cela nous suffit amplement.
En ce qui me concerne, le plus important est que la route vertigineuse de montagne est derrière nous puisque ce n’est qu’en Chine que la route était en travaux, au Népal elle est finie depuis bien longtemps. Aussi l’altitude devrait diminuer assez rapidement puisque nous rentrerons progressivement dans la vallée de Katmandou, bien plus basse. Pour Mario, le plus important est tout simplement de quitter la Chine…. Nous gardons, encore et toujours, le sourire et la bonne humeur lorsque le bus est bloqué à peine un quart d’heure après être parti, dans un énorme embouteillage. Nous nous filmons et filmons le bus en rigolant et en faisant des coucous à la caméra. Je descends du bus pour voir comment est la route plus loin ainsi que pour filmer ce qui parait être de plus en plus authentique et dépaysant. Je réalise déjà alors que j’ai à peine la place de poser mon pied entre le bus et le ravin, et que je dois le poser de travers pour ne pas glisser. Nous restons bloqués plus d’une heure et demie dans cet embouteillage. Je passe mon temps à descendre et remonter jusqu’à prendre conscience que mes aller retours deviennent impossibles, puisque le bus s’était complètement rempli et que je n’ai plus aucun passage. Nos sacs à dos eux, sont sous une montagne de sacs plastiques et de bidons, impossibles à accéder. Je propose à une mère toute serrée avec sa petite fille de prendre sa fille sur mes genoux. Aussitôt dit aussitôt fait, sauf que la petite est tellement bien sur mes genoux qu’elle finie par s’y endormir, s’étalant de plus en plus sur moi si bien que la je suis vraiment complètement immobilisée. Lorsque l’embouteillage se finit, grâce à la contribution d’un gendarme dépêché sur place en « urgence », l’atmosphère est un peu moins rigolote. Notre ami belge, qui lui faisait la route sur le toit, a depuis bien longtemps pris son sac à dos et décidé de faire une bonne partie de la route à pied (nous le rencontrerons plus tard et il aura marché près de trois heures), chose que je rêvais de faire mais et nous, et nos sacs à dos étions bloqués et nous étions également conscients qu’il était impossible de marcher jusque Barbarise. Le bus continu donc sa route, et, tout le long, des passagers continuent de monter sur le toit, dans le bus, sur nos sacs, sur les côtés. Le bus est complètement surchargé, ce qui est déjà une norme au Népal a été ici accentué par l’embouteillage, les passagers s’étant cumulé pendant presque deux heures dans un bus à l’arrêt. Or la route elle, est de pire en pire. Je réalise et j’apprendrai plus tard qu’ici, la route n’est pas en travaux mais c’est tout comme car il y ‘a énormément de glissements de terrains qui font que sur presque la moitié de la route, ce n’est pas du goudron mais de la piste avec des pierres, qui parfois viennent de tomber d’en haut. Les ravins eux sont de plus en plus profonds. Notre périple en bus devient progressivement un cauchemar et mon angoisse augmente au fur et à mesure que nous avançons, la situation s’empirant à chaque instant. Mario essaie de me rassurer en me disant que tout ira bien mais d’un côté, j’aperçois des népalais qui prennent le bus en photo avec leur téléphone en rigolant tellement, même pour eux qui y sont habitués, il est plein, et de l’autre, je pense aux phrases lues dans notre guide sur le Népal, dont les auteurs sont normalement assez peu regardants sur les questions de confort ou de sécurité: « La route au Népal est très dangereuse, en 10 jours au Népal, nous avons vu 10 accidents avec des bus tombant dans les ravins faisant plus de 200 morts. Evitez au maximum au Népal ce moyen de transport et surtout, évitez les bus locaux qui sont les pires » Le problème est que le trajet en voiture privée était trop cher, et que les touristes ici ne sont pas assez nombreux pour justifier la présence de bus touristiques relativement plus confortables mais surtout plus surs. Nous arrivons au stade ou le bus, qui est censé contenir peut être 25 personnes, en contient peut être 50 à l’intérieur, 30 sur le toit et une dizaine accrochés derrière et sur les côtés. Le bus penche complètement, du côté des ravins et à chaque pierre sur laquelle on roule il penche un peu plus, donnant l’impression de tomber. Une touriste canadienne rencontrée plus tard me confiera « moi je monte toujours sur les toits comme ca si le bus tombe dans un ravin j’ai le temps de sauter » Merci pour le conseil…
Je ne supporte plus du tout et demande à Mario de descendre. A l’arrêt suivant, nous décidons d’affronter la foule, nous tirons nos sacs comme des fous, poussons tout le monde pour descendre, Mario me jette les sacs à dos dehors et 5 minutes plus tard, nous voilà dans un minuscule endroit autour de la seule et unique table du village, sirotant un coca, nous remettant de nos émotions et surtout nous demandant « maintenant on fait quoi ». Bon j’avoue moi j’étais plutôt soulagée mais Mario était plutôt énervé. Nous étions en pleine montagne, à deux bonnes heures de Barbarise et donc encore à 6 heures de Katmandou. Pour rien au monde je voulais re-rentrer dans un bus comme celui-ci, bien entendu pas du tout pour des conditions de confort mais pour des conditions de sécurité et j’étais prête à dépenser 100 euros pour faire la route qui restait dans un moyen de locomotion plus sur, compte tenu de la dangerosité de la route. Bon malheureusement, des moyens de locomotion, il n y en avait pas et les bus arrivaient tellement pleins que de toute façon, il était impossible de monter ailleurs que sur le toit. Nous marchons donc avec nos sacs à dos, pendant près de 3 quarts d’heure, et nous nous disons en marmonnant dans nos barbes que c’est aussi ça le tour du monde, parfois une bonne galère. Heureusement, nous tombons sur un Américain et une Taïwanaise que nous avions déjà rencontrée à l’Everest Base Camp, qui eux avaient pris un pick-up avec chauffeur pour faire la route. Nous montons, moyennant 20 euros (contre 60 centimes d’Euro pour le bus), à l’arrière du pick-up, entre des sacs et une moto, et nous ferons tout le reste de la route, soit environ 6 heures, comme ça. Le confort n’y est peut être pas, mais je suis vraiment soulagée, la route après Barbarise est magnifique et bien plus agréable, et le fait d’être au soleil et en plein air accentue encore plus le plaisir. Je prendrai tout de même presque 24 heures pour me remettre de ce qui aura été non seulement le pire moment de notre voyage jusque là, mais aussi la pire route de montagne que je n’aie jamais faite de ma vie !
Heureusement l’ambiance de Katmandou, et surtout celle de son quartier touristique de Thamel, nous aide bien à évacuer les tensions. Nous avons l’impression d’être dans une sorte de Marrakech indien, avec des patios et des terrasses cachées derrières des portes en fer forgé. La clientèle se partage entre trekkeurs passionnés de montagne et bobos hippies, si bien que les librairies à Katmandou possèdent autant de livres sur « Rencontrer Krishna en 10 leçons » que sur« Comment j’ai gravi les sept plus hauts sommets du monde » Nous aimons ce mélange, même si nous ne comprenons pas pourquoi, alors que d’autres touristes se baladent à la limite pieds nus avec un bandeau sur la tête, Mario se voit proposer de la drogue chaque 5 minutes !:) Mais ce que nous avons vraiment aimé à Katmandou, ce sont les petits déjeuners, nous avons à peine l’œil ouvert que nous avons déjà passé notre commande dans notre tête, entre œufs brouillés, pancakes, muffins, mueslis et croissants, le tout pour moins de 3 euros chacun, nous nous remettons vite des émotions de notre voyage et nous nous disons, la bouche à moitié pleine, que ca valait quand même le coup de venir à Katmandou. Je tire néanmoins 2 conclusions de ce périple : plus jamais un motif d’économie fera passer notre sécurité au second plan, et aussi, accessoirement, que les routes de montagne au Népal ce n’est pas fait pour moi.
Nous appréhendons cependant la suite car nous savons que nous avons encore beaucoup de trajets à effectuer au Népal, que nous sommes qu’au début du voyage et surtout que s’il y a bien un pays qui est celui des montagnes, c’est bien le Népal, qui est en plein Himalaya et dont le relief est le plus haut du monde ! Certaines personnes m’ont parlé de routes horribles en Bolivie, mais je me préoccuperai de ça lorsque le temps sera venu, à chaque voyage suffit sa peine J ! Mais heureusement, nous ferons beaucoup beaucoup de voyages au Népal, en bus touristiques et en bus locaux, et nous serons très très loin de ce que nous aurons vécu en traversant la frontière. Les routes que nous emprunterons contourneront les montagnes plus qu’elles ne les traverseront, et le nombre de personnes dans et sur le bus ne dépasseront que rarement le double de sa capacité, à notre grand bonheur.
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