Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /2010 16:21
rédigé par Maj

Le Cambodge. Un pays où vos émotions décident de faire un tour sur des montagnes russes, un vrai crève cœur. Il est impossible, aussi insensible et blasé que vous pouvez être de ne pas être bouleversé par ce pays. Son histoire est une des plus horribles qui existe, rejoignant tristement la liste des grands crimes contre l’humanité tels que la Shoah ou le génocide du Rwanda.

Le Cambodge a en effet été victime d’un des régimes communistes les plus extrémistes et les plus violents qui n’aie jamais existé. Entre  1975 et 1979, un parti révolutionnaire et communiste prénommé « les khmers rouges » prend le pouvoir sous l’autorité de leur chef, Pol Pot. Ils instaurent alors ce qu’ils appelleront le Kampuchéa Démocratique et jamais une démocratie n’aura aussi mal porté son nom.

1953,  fin de l’Indochine. Le roi Sihanouk est aux commandes pendant que chez son voisin au Vietnam, la guerre contre les américains bat son plein. Dans un contexte de bons rapports imprégnés d’idéologie communiste Sihanouk propose au Vietnam de l’aider à se défendre en leur ouvrant les frontières du nord, permettant ainsi aux troupes vietnamiennes d’atteindre le sud de leur pays en passant par la Cambodge, évitant ainsi les troupes américaines. Peu de temps après, le verdict tombe : bombardement du Cambodge par les Américains. La guerre du Vietnam se propage au Cambodge. La mise en danger du pays par la politique conjointe antiaméricaine du Vietnam et du Cambodge alimente les mouvements d’opposition. Au sein du pays complotent des impérialistes ne partageant pas la vision gauchiste de Sihanouk et de ses amis vietnamiens, parmi lesquels des membres de l’armée.1970 : coup d’état au Cambodge, le général Lon Nol, appuyé par les américains, prend le pouvoir. Le régime s’avèrera élitiste et corrompu. Pendant ce temps, le prince Sihanouk est en exil chez d’autres amis communistes, qui, eux, avaient déjà fait leur révolution et sont devenus pros en la matière, les Chinois.

Les Khmers Rouges sauront profiter de cette situation complexe et déstabilisante pour faire avancer leurs pions et prendre de l’ampleur. Ce groupuscule de Cambodgiens dont les têtes pensantes, Pol Pot et les siens, furent formés tout d’abord en France à la Sorbonne et au Parti Communiste Français, puis  entre 1960 et 1970 au Vietnam, pour le côté disons plus pratique des choses. Les Khmers Rouges n’étaient que 2000 dans les années 70, mais ils firent une alliance avec le prince Sihanouk à Pékin. Ce dernier, bafoué par le coup d’Etat de Lon Nol et prêt à tout pour le renverser à son tour, défendit leur combat lors d’un discours et conforta ainsi leur légitimité. Les Khmers Rouges se retrouvent donc avec tout le clan Sihanouk et entre 1970 et 1975, ils constituent  discrètement leur armée et gagnent des territoires progressivement dans les zones rurales.

1975 : les Khmers Rouges s’emparent de la capitale, Phnom Penh. La population les accueille comme une libération, avec l’espoir de retrouver une situation indépendante des Américains ainsi qu’une politique plus juste pour les plus démunis. Ils voient aussi derrière cette prise des Khmers Rouges le retour probable de leur roi. Ayant chassé Lon Nol, ami des américains, du pouvoir, les Khmers Rouges demandent à tous les habitants de Phnom Penh d’évacuer la ville pendant 3 jours en raison de bombardements américains imminents.

Sauf  qu’il n y a pas de bombardements américains de prévu, et que cette initiative est la première qui obéit à l’idéologie du régime du Kampuchéa Démocratique : vider les villes. Pour les Khmers Rouges, les villes ne sont pas facilement contrôlables du à une concentration d’habitants trop importante, et des groupuscules d’opposition au régime communiste peuvent facilement se former et échapper à leur contrôle. De plus, tout le monde est tenu de participer à la reconstruction du pays sur une nouvelle base, totalement agraire. En résumé, tout le monde doit devenir paysan. Ils sépareront la population en deux : les anciens, population paysanne et rurale, et les nouveaux, population qui arrive des villes, et donc qui sera traitée plus durement. Ils doivent perdre toutes leurs valeurs urbaines, jugées malsaines par le régime. La première phase du régime consiste en effet à la phase de purification, qui peut prendre selon les personnes un à deux ans, s’ils y survivent. Cette purification consiste à vivre en cultivant sa propre récolte dans des camps, à se libérer de toute croyance religieuse, de toute source de savoir, et même de sentiments et d’affection pour ses amis ou sa famille. Les Khmers Rouges veulent que les Cambodgiens vivent tous  comme des frères, autosuffisants, sans aucune dépendance extérieure sans aucun comportement matérialiste, sans aucune ville, sans aucune monnaie ni commerce, de la manière la plus simple et la plus égale possible. Ils détruisent ainsi les temples, les écoles, les hôpitaux. Ils saisissent tous les livres et tout l’argent dont disposent les gens, au gré de fouilles, et les déchirent puis les brûlent. Toute la vie se réorganise donc dans des camps dispersés dans tout le pays, les nouveaux sont hébergés chez des paysans ou dans des cabanes qu’ils construisent eux mêmes.

Pendant ces quatre années, les Cambodgiens travailleront dans les champs, 9 heures par jour, homme femme comme enfant, tous séparés, avec deux repas par jour correspondant selon les endroits et les moments à entre 30 et 70g de riz par jour par personne. Les gens ne tiennent pas et dès la première année, les décès se succèdent. Malnutrition principalement, morts de faim ou d’épidémie. Le paludisme sévit, la typhoïde également et même si des hôpitaux sont mis en place la deuxième année, il n y a plus de docteurs et pas de médicaments. Les hôpitaux consistent en un endroit ou les gens sont mis pour éviter de contaminer les autres et pour mourir à petit feu. Les docteurs, comme les professeurs, les avocats, les fonctionnaires de l’ancien régime, les rebelles au nouveau système mis en place, tous sont tués. Cela fait partie de la purification de la société et comme disaient certains hauts cadres Khmers Rouges,  « il vaut mieux un Cambodge peu peuplé qu’un pays plein d’incapables ».

 Nous visiterons deux camps Khmers Rouges à Phnom Penh. Le premier sera S21, un camp dans lequel étaient envoyés les fonctionnaires et personnes lettrées. Ce camp est une ancienne école dans laquelle les Khmers Rouges ont construit des murs de brique dans des classes constituant ainsi des cellules de 1 à 2 mètres carrés dans lesquelles étaient emprisonnés, attachés et numérotés 2 à 3 personnes. Des barbelés autour empêchaient les prisonniers de se suicider. Les prisonniers y étaient battus, au marteau, au fouet, emmenés dans des salles avec des lits en fer auxquels ils étaient attachés puis torturés. Ils étaient aussi parfois pendus à l’envers puis on leur mettait leur tête dans de l’eau puante pour les maintenir éveillés. Pour montrer à leurs supérieurs qu’ils respectaient bien les instructions les photos  des détenus leur étaient envoyées. C’est ainsi que les photos de toutes les personnes mortes dans ce camp, se retrouvent aujourd’hui exposées au rez de chaussée de l’école, dans plusieurs classes, sur de nombreux panneaux (cf dans album Cambodge à venir photo de portraits en noir et blanc). En tout 15 000 personnes  y résideront sans y survivre, parmi lesquels des bébés et des enfants.  En effet, les Khmers rouges éliminaient aussi les enfants pour éviter toute vengeance plus tard.

 Nous visiterons ensuite les Killing Fields, où étaient souvent envoyés les prisonniers du S21 pour y être tués. Les Khmers Rouges n’utilisaient pas de balles, pour économiser les munitions ainsi que pour éviter le bruit. Les gens y étaient donc battus à mort. Les fosses découvertes jusqu’à maintenant contiennent environ 8000 squelettes, et la moitié du camp n’a pas encore été déterrée. Un des arbres était appelé l’arbre magique car des baffles y étaient installées, d’où provenait de la musique forte pour étouffer les cris des malheureux. Un autre arbre consistait à prendre les bébés par les pieds et à les smasher contre le tronc, selon les confessions de plusieurs responsables Khmers Rouges.

Pendant la visite des Killing Fields et du S21, on n’entend pas un bruit, les visiteurs osent à peine sortir leur appareil photo, certains s’assoient pour reprendre leurs esprits et des panneaux indiquent qu’il est interdit de rire par respect pour les victimes. Le soir nous serons tellement choqués et attristés par ce qu’ont vécu ces personnes que nous irons boire un verre pour nous changer les idées. Mélange avec mon médicament pour le paludisme ou trop perturbée par ces images, je ne fermerai pas l’œil et serai malade toute la nuit. J’ai l’impression d’avoir vu des endroits pour films d’horreur sauf que la c’est la réalité et je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’ont vécu ces hommes, mères et enfants.

Lors de notre séjour, ce régime, qui tombera en 1979 avec l’invasion des Vietnamiens, aura laissé des traces partout, puisque pas une personne au Cambodge n’a pas des parents ou grands parents qui ont vécu ou péri pendant ces années. En effet, on estimera à environ 2 millions de morts le nombre de victimes, soit presque un tiers de la population cambodgienne de l’époque. La majorité mourra de malnutrition car si la tête pensante du régime des Khmers Rouges, appelée l’Angkar,  était lettrée, la majorité des responsables de camps ou de soldats avaient moins de 20 ans et étaient illettrés. Ils useront et abuseront de leur pouvoir nouvellement acquis, considèreront l’Angkar comme un être suprême presque abstrait, et, endoctrinés par ces propos communistes, tueront pour n’importe quel prétexte et de n’importe quelle façon les gens, que ce soit parce qu’ils ont élevé la voix ou parce qu’ils ont eu une fois dans leur vie une responsabilité. Ceci sera la principale source de déviance du régime Khmer Rouge, car si les instructions de torturer et tuer toute personne ayant un lien avec l’ancien régime de Lol Not ou les cadres  instruits venait d’en haut, les abus pratiqués au sein des camps eux étaient totalement hors de contrôle. Aussi, les responsables des camps n’avaient aucun savoir en matière de production de culture et d’irrigation et c’est précisément ce qui amena à une production mal régie et à une malnutrition aussi importante, cause principale de mort pendant ces années.

Nous discuterons avec différentes personnes sur ce sujet. Un chauffeur de tuktuk nous dira que ses grand parents, qui étaient docteurs, ont été enlevés et tués par les Khmers Rouges tandis que ses parents, enseignants, ont réussi à s’échapper avec lui, alors âgé de un an, au Vietnam. Un autre nous dira que ses parents n’étaient pas des gens instruits et donc n’ont pas été tués mais ont eu une vie très difficile car ils ont beaucoup souffert des maladies et de la faim. Pour lui et ses parents, les Khmers Rouges étaient des fous. Un autre encore nous dit  qu’il a été séparé de ses parents, qu’il a réussi à retrouver son père mais n’a été  jamais su ce qu’était devenue sa mère  jusqu’à aujourd’hui. Nous discuterons aussi avec des « négationnistes » c'est-à-dire avec un touriste italien et un cambodgien d’un certain âge et surtout d’une certaine prestance (il rencontrera pendant notre discussion le sous secrétaire d’état) qui lui nous dira qu’il est ami avec beaucoup de Khmers Rouges, que beaucoup de choses sont exagérées, que le S21 avait été crée pour les Khmers Rouges eux même et que en tout il ne doit y avoir eu que 300 000 morts. Ce monsieur, qui parlait un français parfait, a quitté le Cambodge en 1973, soit deux ans avant l’instauration du Kampuchéa Démocratique, à l’âge de 17 ans. Le touriste italien quant à lui me dit qu’il est impossible d’établir un régime communiste sans tuer toute source de rébellion, de capitalisme, sans séparer les parents des enfants, et purifier la société, que tous les grands régimes communistes ont du passer à travers cette étape et que c’est un mal nécessaire. Pour lui, il  considère que les tueries de la mise en place d’un système communiste sont bien moins néfastes que le mal que fait le système capitaliste à une société en tuant toutes ses valeurs.

 Dans un autre registre nous rencontrerons dans son hôtel un français installé au Cambodge depuis 17 ans, arrivé  en 1992 avec l’ONU en tant que casque bleu parachutiste et qui nous dira préférer largement le Cambodge d’avant, communiste et en temps de guerre que maintenant. Il avait même crée il y a 15 ans une association avec ses amis appelée « profitez de la guerre, car la paix sera terrible ». Nous attribuerons ses propos plus à des envies aventurières et individualistes à prendre au deuxième degré que de véritables opinions politiques. Nous rencontrerons aussi deux autres femmes cambodgiennes, toutes deux installées en France, et parties également en 1972 du Cambodge, toutes deux avec de terribles souvenirs de cette époque. L’une d’entre elle me confiera même préférer aller séjournée en Thaïlande car pour elle, dont toute la famille a été décapitée, il lui est très très dur de revenir au Cambodge et elle ne s’y sent pas du tout à l’aise. Elle me confiera ne même pas être capable de regarder la décoration composée de haches et d’épées que notre ami parachutiste avait fièrement accroché sur le mur.

Le plus incroyable est que tous ces anciens Khmers Rouges responsables de tant d’atrocités sont encore, la libres et parmi la population cambodgienne. Nous en avons d’ailleurs surement croisé, sans le savoir. Au niveau politique, on trouve une des jolies limites de l’ONU. En effet, l’ONU gardera comme représentant du Cambodge au sein de son organisation un Khmer Rouge jusqu’en 1992. Elle ira même jusqu’à venir installer un gouvernement provisoire en 1992 au Cambodge et finira au bout d’un an par établir une alliance avec les Khmers Rouges. L’ONU prendra 25 ans pour  accepter de juger ce crime contre l’humanité, qu’elle n’appellera pas génocide car ne correspondant pas à un massacre d’une population en raison de ses origines religieuses, ethniques ou sociales. Les cambodgiens , lésés par cette injustice devront taper du pied, ainsi que des responsables d’organisations de défense des droits de l’hommes insister pour que les responsables du Kampuchéa Démocratique soient enfin jugés si bien qu’aujourd’hui, lorsque j’achète le journal au Cambodge les gros titres sont les jugements des responsables Khmers Rouges, alors que nous sommes 30 ans plus tard.

La raison à tout cela est très simple, à l’ONU la voix des Etats Unis est prédominante, et le Cambodge a été « libéré » en 1979 par leur ennemi numéro 1 de l’époque, le Vietnam. De nombreuses puissances, dont la France, reconnaitront et soutiendront le régime du Kampuchéa Démocratique pendant les premières années, avant que de nombreux rescapés ne viennent révéler l’horreur de ce régime et n’ouvrent les yeux à l’occident. Seule l’ONU fera semblant de ne rien voir, constatant trop tard l’ampleur du massacre et étant engagée politiquement auprès des Khmers Rouges, ne voudra pas faire marche arrière et perdre de sa crédibilité.

Le premier ministre et principal dirigeant du Cambodge aujourd’hui, Hun Sen, est un ancien Khmer Rouge.

 

 


Par Maj&Mario
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /2009 12:39

Rédigé par Maj

Nous aimerions tout d’abord à tous vous souhaiter avec un peu de retard de très bonnes fêtes de fin d’année et un joyeux Noel ! Nous aimerions également vous remercier énormément pour l’attention que vous accordez à notre blog, pour vos compliments ainsi que pour vos commentaires, que nous recevons en live sur le blackberry de Mario. Ces messages nous font vraiment chaud au cœur, vu que nous sommes tout de même seul à l’autre bout du monde, et nous rassure également sur le fait  que notre blog, qui demande tout de même du travail, est bien utile pour rester en contact et partager cette aventure !

Question fêtes de fin d’année nous nous entamons notre partie de voyage « Asie du sud est » donc ambiance plutôt été en perspective! De Dehli, nous volons donc pour le Vietnam, via Singapour. Nous ne resterons que 3 jours avant de traverser la frontière pour passer une dizaine de jours au Cambodge avant de revenir pour le réveillon du nouvel an au Vietnam.

Nous voila donc à Saigon, pointe sud du pays, appelée aujourd’hui Ho Chi Minh. Nous savons que nous allons trouver un niveau de vie relativement pauvre, mais moins que celui de l’Inde. Nous préférons néanmoins faire toutes nos courses lors de notre escale à Singapour, gels douches, guides Lonely Planet, produits pour lentilles…etc.

A notre arrivée, nous découvrons qu’Ho Chi Minh est bien moins pauvre que nous ne le pensions, et que l’on y trouve tout. Bon ce que l’on trouve avant et au dessus de tout à Ho Chi Minh, ce sont des motocyclettes. Si vous imaginez trois rangées de motos alllignées à un feu rouge, sachez que la réalité là-bas est environ quatre fois plus importante. Le premier problème donc qui se pose dans cette charmante ville, est : comment traverser sans finir sous un deux roues ? Je m’agrippe au bras de Mario qui, en bon napolitain qui se respecte, fonce dans le tas…Je crie une demi douzaine d’attentions en plantant mes griffes dans son bras si bien qu’à son grand désespoir, je le freine bien plus que je ne le fais avancer. En fait ni les motos, ni les piétons ne s’arrêtent et traverser revient  à augmenter ou réduire sa vitesse en anticipant la trajectoire de l’autre. Tout un art, auquel nous deviendrons habitués au bout d’un moment, mais j’avoue qu’il m’est arrivé plus dune fois de perdre mes nerfs en plein milieu d’un croisement submergée de motocyclettes me frôlant à toute vitesse, Mario bien sur trois bons mètres devant moi.

Heureusement, à part ce point là, Ho Chi Minh se révèle être une ville très agréable. Nous retrouvons enfin, après deux mois et demi de voyage, une impression de vacances. La chaleur y est pour beaucoup. Nous sommes  en plein mois de décembre,  et les  30 degrés ambiants snobent allègrement les nombreux bonhommes de neige et sapins de noël décorant les rues. La ville se parcourt aisément à pieds, et même en tongues.

Ce qui est également appréciable à Saigon, c’est qu’on peut aisément se noyer dans la masse, pas grand monde ne vous aborde (après l’Inde ca c’est un luxe) et, mis part bien entendu les yeux et la couleur de peau, pas grand-chose ne vous différencie des vietnamiens, que ce soit dans votre attitude ou dans votre tenue vestimentaire. Cela crée une certaine homogénéité et contribue à une très bonne atmosphère, conviviale et mélangée, dans les rues et dans les restaurants. Vous  pouvez trouver toutes les grandes marques internationales dans de grands centres commerciaux luxueux, de Chanel à Clarins en passant par l’Occitane, puis vous pouvez vous restaurer au pied de ce même centre commercial dans un modeste bouiboui vietnamien de délicieux rouleaux de printemps sur le pouce.

Ainsi, lorsque nous ouvrons notre guide et réalisons qu’il n y a pas grand-chose à visiter proprement dit à Saigon, nous sommes les plus heureux du monde car nous vous avouons qu’après tous ces voyages, nous avons bien besoin d’une à deux journées de repos  à ne rien faire mis à part flâner au gré de nos envies.

Echauffés par le climat tropical, nous décidons d’aller à la plage, à 1h30 de là, inaugurer nos maillots de bains que nous n’avons pas encore eu l’occasion d’utiliser depuis le début de notre périple. Le bateau est complet, nous attendons patiemment une heure et demie pour le prochain, sous un soleil de plomb, puis effectuons la traversée de deux heures, chevauchons une petite moto qui nous amène à la plage et là euh…je pense que oui, on peut le dire, la plage la plus moche que nous n’ayons jamais vue. Il faut cumuler tous les ingrédients d’une plage moche pour avoir une image de ce qui se dresse sous nos yeux : une eau marron foncée partout, beaucoup de vagues, un drapeau noir, une plage minuscule et sale avec six transats datant de la guerre, et bien sur pas un chat mis à part deux enfants qui se baignent habillés sur des pneus de voitures.  Et oui nous nous sommes renseignés plus tard, nous étions à la bonne plage, la plage d’Ho Chi Minh ! Nous comprenons alors pourquoi nous étions les seuls idiots sur le bateau à porter des maillots de bain et que tous les autres avaient plus l’air de venir pour du shopping …Nous décidons tout de même d’amortir les 24 euros dépensés (une fortune pour nous) en mangeant un sandwich sur la plage. Sauf que le vent est très fort et que nos sandwichs vietnamiens se transforment en 1minute 30 en sandwichs au sable. Nous déclarons forfait et rebroussons chemin, du sable pleins les cheveux, habits, serviettes, livres et yeux. C’est ce qu’on appelle un vrai raté, et la baignade, ca sera pour une autre fois….

 

Par Maj&Mario
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 12:33

Rédigé par Mario

Après Agra, nous pénétrons dans l’Etat du Nord Ouest de l’Inde, le Rajasthan, ou les villes telles que Jaipur, Jodhpur, ou Udaipur résonnent dans l’imaginaire collectif comme autant de synonymes des mystères de l’Inde, symboles du romantisme oriental et de l’opulence passée des Maharajas.

Nous commençons par Udaipur la Venise du Rajasthan et finiront par Jaipur la ville des pierres précieuses. Aucunes des villes que nous avons traversée en Inde ne se ressemble vraiment, Udaipur ne fait pas exception, c’est une ville magique avec son célèbre lac et son non moins célèbre hôtel Taj city palace, ancien palais d’été des Maha Rana (à ne pas confondre avec les Maha Raja) transformé en hôtel et situé au beau milieu du lac. Nous avions projetés d’y boire un verre en admirant le coucher de soleil, mais cela ne fut malheureusement pas possible, car l’accès y est désormais réservé aux seuls clients résidents de l’hôtel, depuis les attentats de Bombay. Dommage, mais nous nous consolerons en prenant un cours de cuisine Indienne, et nous serons au final largement gagnants !

Udaipur est la seule ville du Rajasthan à n’avoir été ni conquise ni soumise, que ce soit par les Moghols ou par les Anglais, et de ce fait le seigneur d’Udaipur hérita du titre de Maha Rana (littéralement le grand guerrier). Le titre de Maha Raja (littéralement le grand roi) fut attribué par les seigneurs Moghols aux seigneurs défaits où leur ayant prêté allégeance et repris par les Anglais lorsqu’ils nommèrent des vices Roi (Raj), après avoir pris le contrôle de la Compagnie de Indes et avoir annexés purement et simplement les territoires sous son contrôle. Le dernier des vices Roi, Lord Mountbatten fut celui qui rendit l’Inde aux Indiens et qui procéda à la partition des Indes, en deux pays distincts l’Inde d’aujourd’hui et le Pakistan, renforçant le schisme d’alors entre musulmans et Hindous et qui perdure encore à ce jour.

Nos expériences culinaires en Inde furent très bonnes et certaines vraiment somptueuses, parmi elles le cours de cuisine Indienne de Madame Sushma a été exceptionnel. Notre professeur, une maitresse femme aux accents de matrone nous a fait vivre deux heures délicieuses, au propre comme au figuré, puisque nous aurons le privilège de nous régaler de ce qu’elle/nous aurons préparé (ce repas fut parmi les meilleurs que nous aurons fait). Autant vous dire que j’étais aux anges et surexcité, mais l’enthousiasme de Maj ne dépareillait en rien. Nous quitterons ce cours, enchantés, riches de nouvelles saveurs et de nouvelles connaissances culinaires (repus aussi, je me suis re-servi trois fois) et les bras chargés d’épices de Madame Sushma (bah voui, il nous fallait bien un étalon pour mesurer nos tentatives à venir de reproduire sa cuisine, et le cas échéant retrouver les saveurs exactes que nous avons goutées).

Avant d’arriver à Jaipur, nous ferons halte dans une petite ville, Pushkar, sorte de Katmandou baba cool, d’après notre guide de voyage. En fait cette ville est aussi et surtout une formidable adresse Israelite. Nous hallucinerons (moi surtout) de rencontrer autant d’Israéliens, comme si la ville était un rendez-vous, passage obligé, de tous les voyageurs Israéliens en Inde, au point que les adresses sont ici écrites en Hindi, en Anglais et en Hébreu. Nous dormirons d’ailleurs dans un hôtel tenu par une jeune femme Israélienne et où nous y serons les seuls goys !  

Dans cette ville, je piquerai une formidable colère après m’être fait avoir sur une arnaque à la religion (sans doute est-ce leur manque de respect pour la religion associé à ma crédulité, une fois n’est pas coutume, qui me mit hors de moi), j’aurais même droit de la part de l’un des arnaqueurs à un « Why like this ? Pourquoi Réagir ainsi ? », Incroyable l’aplomb de ces types ! Maj de son coté sera malade, pour la première fois de notre voyage, sujette à d’intenses nausées, heureusement sans gravité et surtout sans suite. Mais nous découvrirons plus tard l’origine probable du problème, dans la prise quotidienne de notre traitement antipaludéen et, renseignements pris, nous agirons désormais de sortes à éviter les possibles effets secondaires.

Bref, nous quitterons le cœur joyeux cette ville pour nous rendre à Jaipur. Là bas, nous décidons de rompre avec le rythme des visites et nous préférons vivre la ville ainsi que la vie des Indiens. Nous nous régalerons de pâtisseries locales au hasard de nos errements dans les rues et les bazars de la ville. Cerise sur le gâteau, nous irons même voir un film « Bolywood », dans le plus grand cinéma de la ville (et du Rajasthan), une véritable institution le « Raj Mandir ». Alors que nous faisions la queue devant le cinéma, de jeunes enfants indiens nous interrogerons, « vous êtes Indiens ? Non, et vous parlez Hindi ? Non plus, alors pourquoi vous allez voir ce film ? ». A dire vrai, c’était pour l’ambiance, par curiosité aussi, mais dans tous les cas nous avons été étonnés par la qualité de la réalisation de ces films, qui n’ont rien à envier aux productions hollywoodiennes (bon d’accord les scénars sont en général kitsch, voir très kitsch) et pour ce qui est de la compréhension ce ne fut pas trop compliqué (sauf quelques dialogues un peu longs bien sûr). Nous partagerons d’ailleurs de nombreux fous rires avec la salle (c’était une comédie romantique) et passeront un super moment !

Enfin, nous arriverons à New Dehli (la fin de notre voyage en Inde), ville de 12 millions d’habitants, énorme, où il n’est point de salut sans véhicules (tant les distances sont ici grandes) et de préférence avec chauffeur, pour affronter les grandes avenues tels des périphériques ultra bondés. De chauffeurs, nous n’en n’avions pas (nous avons abandonné notre moyen de locomotion à Jaipur) et en backpackers aguerris, nous nous sommes essayés à la marche à pied, mais nous rendant à l’évidence rapidement, nous opterons sagement pour les auto-rickshaws. Comment décrire Delhi, disons que pour qui n’y vit pas, il semble y avoir plusieurs micro-villes. Plus généralement il semble y avoir une zone  confortable et aisée  au Sud de la ville, avec des sortes de résidences (compounds appelés « Colony ») avec des maisons /villas cossues (comme le quartier d’Anfa à Casablanca) et même une sorte de marché local, avec pleins de boutiques et tout et tout. A l’Est de la ville et au Nord dans Old Delhi, disons qu’il y a beaucoup moins de glamour, avec des habitations vétustes et peu  soignées (y compris des bidonvilles), beaucoup de bruit et de pollutions.

En fait, Dehli consiste surtout en un ensemble de grandes et larges routes bétonnées bordées de terrains vagues et de quelques arbres, où s’agglutinent rickshaws, taxis, voitures, motos et bus, dans un vacarme constant et assourdissant. A Dehli, on atterrit rarement sur quelque chose par hasard, les magasins ne bordent pas les rues et il faut savoir où aller pour trouver de l’animation, et c’est en général dans des ruelles bien cachées et après au moins une demie heure de route que vous y arriverez, enfin avec de la chance. Autant dire que se promener à Dehli est non seulement presque impossible, mis à part dans la veille ville, voire très désagréable. Les klaxons et les sollicitations omniprésentes ont d’ailleurs eu raison de ma patience et je suis devenue facilement irritable au grand dame de Maj qui, la pauvre, a subi ma mauvaise humeur pendant ces deux jours. Désolée ma chérie et merci de ta patience…

Mais Dehli, tout du moins Old Dehli, ce fut aussi un régal, dans les petits boui boui (bah voui on se lache, c’est la fin de notre voyage en Inde alors nous prenons des risques, finies les frustrations devant toutes ces bonnes odeurs, et bonjour les petits plats de la rue !), la découverte du marché dominical et de la foule, des bazars. Ce sera aussi l’occasion pour Maj de s’y faire confectionner une robe sur mesure, à un prix défiant toute concurrence, entre 13h et 19h le jour même, Incredible India. Dehli et l’Inde du Nord que nous avons entre parcouru est vraiment étonnante.

Nous quittons finalement l’Inde pour le Vietnam, avec un changement de dernière minute, nous n’irons pas en Malaisie, pas de Kuala Lumpur donc. En effet le billet via Singapour (et avec Singapour Air Lines) se révélera bien moins onéreux et donc nous opterons pour cette solution.

Namaste India !

Par Maj&Mario
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 11:21

Rédigé par Maj

Ce qu’il y a aussi de spécial à Varanasi, c’est qu’on y marche rarement seul...

Concrètement, lorsque vous sortez de l’hôtel, en bas de l’escalier vous verrez déjà environ 10 personnes qui vous attendent. Conducteurs de rickshaws, teneurs de boutiques (ou frère ou cousin ou neveu de teneurs de boutiques) propriétaires de barques ou guides experts en crémation, on vous proposera de tout. Mais généralement on commencera toujours par en anglais : « bonjour, d ou venez vous » puis «  ah la France, très joli pays » puis « d’où ça en France, Paris , Paris même ? » puis un petit « Sarkozy «  et généralement sans transition enchainé avec un « attenciolibouzdevach » qu’on finira par comprendre enfin « attention aux bouses de vache ». Ils auront tous ce genre de phrases, qu’ils ont du apprendre dans le guide « comment attendrir un touriste français en Inde ».

Cela sera valable pendant tout notre voyage au Rajasthan, même si dans certaines villes nous serons sollicités beaucoup plus souvent et beaucoup plus agressivement que dans d’autres, les habitants du Rajasthan sont obsédés par l’argent. Cela va plus loin que les vendeurs qui vous sollicitent tout le temps pour leur acheter quelque chose ou encore les enfants demandant de l’argent, comme on peut rencontrer au Maroc ou en Egypte. Non non cela va beaucoup plus loin. Il n y a pratiquement aucune gentillesse gratuite dans la rue au Rajasthan et une multitude d’arnaques possibles et inimaginables. Si vous êtes perdus avec votre plan dans la rue, on vous proposera toujours de l’aide, mais toujours toujours contre quelque chose. Si vous dites que vous êtes de France et que la personne en face vous vous dit qu'elle adore ce pays et vous cite une tonne de choses (jusqu’à la motte piquet grenelle dans le 15ème!)  c’est pour finir par vous amener quelque part et vous vendre quelque chose.

Le chauffeur que nous avons pris nous expliquera rien de l’Inde, rien du tout et ne nous parlera que pour nous proposer des magasins d’épices, de saris, des hôtels ou des restaurants aux pires rapports qualité prix que nous aurons vu et dans lequel bien entendu il touche des commissions. Heureusement dès le premier restaurant ou il nous arrêtera, nous comprendrons ses intentions et ne prendrons plus aucun de ses conseils même si cela nous a valu une ambiance tendue et un silence pesant pendant tous nos trajets en voiture.

Dans la rue, nous adopterons  tour à tour différentes attitudes : bonne patte souriants et répondants, indifférents et ne leur adressant pas la parole, agressifs leurs demandant de nous laisser tranquille bref toutes les stratégies y passeront. Si vous êtes indifférents alors ils sont tous contents et vous suivent, tout gentils, vous expliquant les choses rencontrées sur la route, vous demandant si vous aimez l’Inde, faisant des blagues, et bien sur vous disant « moi je ne veux pas d’argent je fais ça juste pour avoir un bon karma » Bref, nous nous retrouverons donc comme ça à regarder des albums photos de tailleurs au fin fond d’une boutique, des petits badges de peinture miniature dans des ateliers ou encore au bord d’un lac avec un point sur le front et des fleurs entre les mains. Nous taperons du pied à chaque fois pour ne plus se faire avoir, mais concrètement cela revient non seulement à ne plus parler à personne mais surtout à être très agressifs avec les gens ce que nous finirons par faire souvent, mais parfois nous n’étions pas d’humeur à être agressif et restions corrects et polis.

A Agra il y a non seulement des Auto-rickshaws mais même des Auto-marchandeurs ! Comprenez, un rickshaw vous suit et quand bien même vous lui dites environ 25 fois que vous ne voulez pas de rickshaw et que voulez marcher à pied, il restera à côté de vous, et vous descendra le prix tout seul, sans que vous ne disiez rien, et passera le prix de 50 roupies  à un « allez 40 » pour finir un quart d’heure plus tard à un « allez 5 roupies ». Au final, il aura finit par faire toute la route à côté de vous et vous n’aurez pas arrêté de lui dire que de toute façon ca ne servait à rien de baisser le prix, car vous vouliez marcher (bon j’avoue entre deux fous rires !).

Heureusement, alors que certains voyageurs  que nous avons rencontré nous auront avoué avoir eu leur voyage gâché par cet acharnement persistant à vous demander de l’argent, nous nous contenterons de regarder ailleurs, et retiendrons plus volontiers toutes les belles choses  que l’Inde nous offre, et prendrons au deuxième degré et avec humour ces sollicitations incessantes.

 

Par Maj&Mario
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 11:00

Rédigé par Maj

Et voilà. On est en Inde.
On attend tellement de choses de l’Inde qu’on se demande ce qui va prendre le dessus. En tout cas, de toutes les personnes que nous avons croisées durant notre voyage (beaucoup de personnes visitent l’Inde avant d’aller au Népal) personne n’avait l’air ravi du Rajasthan et tout le monde nous disait que ca faisait vraiment du bien de faire le Népal après avoir fait l’Inde !
Aussi, nous avons toujours entendu tellement de choses différentes sur ce pays que nous avons l’impression que soit on adore soit on déteste ! Les images que nous avons sont : plein de couleurs, une cuisine délicieuse, de la saleté, beaucoup de pauvreté, des temples et des sourires. Première destination : Darjeeling.

Darjeeling, c’est l’Inde, mais dans un cocon, en hauteur, laissant la pauvreté au pied de la montagne de 2000 m sur laquelle elle est perchée, laissant aussi le sentiment national indien de côté. Ici, nous avons  l’impression d’être encore dans une atmosphère anglo-indienne ce qui confère beaucoup de charme à cette ville. De jolies maisons coloniales, des plantations de thé, des salons en bois auprès de feux de cheminée, de vielles voitures, on s’y sent bien et les gens sont hospitaliers. Cela étant dit, les habitants de Darjeeling eux se considèrent ni vraiment anglais ni vraiment indiens puisque à peine arrivés dans la région, nous faisons connaissance avec un mot que nous verrons après partout, dans cette région, sur les épiceries, les hôtels, les routes : Gorkhaland.
La région veut son indépendance, avec ses voisons états du Bengale occidental et le prône haut et fort. Les Gorkhas sont des habitants des hauteurs de l’Himalaya et sont connus pour leurs actions militaires au sein de l’armée britannique, notamment pendant les 2 guerres mondiales. Nous avons tout de même du mal à prendre ce désir d’indépendance au sérieux, le nom de Gorkhaland semblant plus enfantin et imaginaire que crédible à nos yeux, et les slogans et peintures semblant être plus le fait de petits groupes de jeunes idéalistes travaillant dans le maintien des autoroutes que partagés par l’ensemble de la population. Mais ceci n’est que notre impression, et peut être que nous mesurons mal la ténacité et l’importance de ce mouvement.

Nous flânons donc deux jours dans la ville puis quittons pour prendre notre train, à 4 heures de là. Etant donné que c’est un jour de grève nationale (décidemment y a pas qu’en France que ça arrive) nous mettrons 6 heures à descendre (au lieu de 3), paierons 4 fois le prix, attendrons 12 heures à la gare notre train, et finirons pas être dans une des classes les plus mauvaises du train, la classe « sleepers » (nous avons même l’impression que c’est le titre d’un film d’horreur tellement on nous aura parlé de cette classe dans les trains indiens). Les autres classes, qui sont les AC (climatisées, Air Conditionnés) sont complètes. Le décor sera effectivement au choix celui d’un train de bétail ou bien celui d’une prison. Des ventilateurs glauques sont accrochés au plafond, il n y a aucune literie, les fenêtres sont petites, rares et basses et les compartiments sont ouverts et comportent 8 lits où sont entassées en fait plutôt 11 personnes. Le voyage se passe néanmoins relativement bien même si le train est plein et bruyant ... Nous réussirons  à plus ou moins dormir dans nos lits surélevées même si Mario insiste sur le fait qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Le train est propre, des vendeurs ambulants passent avec des plateaux fumants de samossa et d’autres en-cas traditionnels indiens embaumant le train d’odeurs délicieuses, les femmes se parfument et sortent leurs miroirs de poche le matin pour se maquiller tandis que les hommes discutent entre eux ou lisent le journal. Nous découvrons la culture indienne, nous nous retenons de sauter sur les plats, par peur de tomber malade, et regardons comme des enfants entre les barreaux des fenêtres. 
 

Nous arrivons à Vârânasî, anciennement Bénarès, ville la plus spirituelle d’Inde. Vârânasî est en effet au bord d’un fleuve sacré, le Gange. On y prie, on s’y baigne pour laver ses péchés et surtout les indiens y viennent de partout pour incinérer leurs défunts dans l’eau sacrée, ammener à la fin du cycle des réincarnations. La ville est donc connue pour présenter un très fort attrait, mais aussi pour être difficile pour les touristes étrangers. En d’autres termes, on commence par le plus dur.

La ville en effet se révèlera extrêmement spirituelle. Sur les bords du fleuve un épais brouillard constamment présent lui confère une aura mystique, dans lequel se dessinent des prêtres hindous habillés en orange, récitants des chants religieux. A l’aube, des pèlerins venus des quatre coins de l’Inde se mêlent aux habitants de la ville pour prier et se laver, certains méditent pendant des heures tandis que d’autres pratiquent des cours de yoga sur les abords du fleuve, que l’on appelle aussi « Ghats ». Le soir, des familles entières viennent entendre des chants religieux et jeter des bougies en fleurs en signe de respect pour les dieux. La nuit et le jour, on peut entendre des groupes de personnes chantant dans les rues à l’occasion de processions funéraires, amenant religieusement le corps du défunt auprès des « Ghats de crémation », où des indiens de castes inférieurs seront chargés de brûler ce qui n’est dans la tradition Hindouiste qu’une enveloppe charnelle.

Dans la vielle ville, les rues sont étroites et sales et il nous faut slalomer entres les vaches, les gens, les ordures, les motos et les prêtres, un vrai parcours du combattant, mais c’est ce qui rend aussi l’ambiance originale et particulière. Nous avons ceci dit l’impression que si la ville est animée, une frontière invisible est franchie à mesure que l’on avance vers le fleuve, dont les eaux marron symbolisent ici la mort et le sacré. Nous avons l’impression que la ville est presque à cheval entre la vie et la mort, que c’est un point de passage. Nous verrons beaucoup de feux  crémations et serons étonnés par l’absence de présence familiale autour des bûchers. Nous verrons par exemple quatre corps brûler les uns à côté des autres, sans aucune cérémonie (la cérémonie a lieu avant pendant la procession). Nous avons l’impression que les personnes meurent seules, dans l’anonymat, que ce soit des mères des fils ou des frères, ce sont des esprits dans des corps, c’est tout. Difficile comme constat, anéantissant toute la vie qu’elles auront eu, les personnes qu’elles auront étés. Comme si ici, on mourrait sans proches, sans personnalité, comme si à la frontière du Gange, la vie qu’on a eue n’existait déjà plus.

Cela étant dit, plein d’autres choses, bien plus gaies se passent à Vârânasî. Nous apprenons ainsi par l’intermédiaire d’un photographe français rencontré à notre hôtel, que c’est la saison des mariages en Inde et surtout qu’il y en a un énorme le soir même au « Taj Hôtel » de la ville. Alors là, avides de voir un petit peu la classe aisée indienne, le Taj, ainsi qu’à quoi ressemblent les cérémonies de mariage en Inde, nous enfilons nos plus beaux habits (tout est relatif, nous sommes tout de même backpackers J ) grimpons dans un rickshaw et traversons la ville pleins d’excitation. Le mariage est grandiose, la famille attend environ 1 000 invités et a privatisé une partie du « Taj Hôtel » pour l’occasion, qui n’est autre que l’hôtel le plus luxueux de la ville. Nous assistons à l’arrivée traditionnelle du marié, me rappelant énormément le Maroc, comme une multitude d’autres choses en Inde de la langue en passant par les coutumes et les habits. Les hommes et le marié arrivent d’un autre hôtel, le marié sur un cheval entouré des invités, de musiciens, d’une vingtaine de lustres portés à même les bras et devancé par un énorme feu d’artifice. Nous passons un moment très sympathique poussant le bouchon jusqu’à tenter un verre au bar de l’hôtel avant de rebrousser chemin timidement après avoir vu les prix des verres (8 euros le verre, pour nous une fortune puisque c’est presque notre budget quotidien pour manger à deux, eh oui nous avons changé d’échelle! J)

Le dernier jour à Varanasi sera une vraie catastrophe ! Mario s’y fera voler ses chaussures, là ou nous ne pensions vraiment pas que cela serait le cas, puisqu’elles étaient à l’entrée d’un temple Hindou, c’est à se demander s’ils pensent vraiment avoir un bon karma comme ça ! Quant à moi, je me fais un « Koh Lanta » à mon échelle, puisque je dois passer à deux reprises par un endroit étroit rempli d’énormes cafards surexcités (plus d’une vingtaine), puis je dois passer à 50 centimètres d’un rat et pour finir, alors que nous arrivons enfin dans le train, en classe climatisée (sauvés !), je réalise avec horreur, que le train est rempli de souris. Après avoir passé une heure recroquevillée sur moi-même, sur un lit en hauteur, à pester contre ces foutues bestioles voire l’Inde en général, je finirai par prendre un somnifère et par m’endormir sur une journée dont j’aurai bien pu me passer !

 Nous arrivons au petit matin dans la ville d’Agra, ville du Taj Mahal. Après avoir visité le Taj Mahal, qui est splendide, magnifique, encore plus beau qu’en photo, une construction tellement parfaite qui fait de ce monument presque un mirage, nous rencontrons notre chauffeur pour la suite de notre voyage en Inde qui se fera à bord de l’emblématique voiture Tata (fini les journées Racafarsouris !). Nous nous arrêtons sur la route, à une heure d’Agra, à un endroit qui pour nous n’a vraiment pas la réputation qu’il mérite.
Ce lieu s’appelle Fatehpur Sikri, et c’est une sorte de ville idéale qui a été construite par un Afghan Moghol nommé Akbar il y a cinq siècles de cela. En effet, l’Inde faisait partie de l’empire Moghol (nom donné aux descendants des Monghols ayant migré en Perse) de 1526 à 1857, empire  sous domination afghane et regroupant l’Inde, l’Afghanistan et le Bengale. Akbar, descendant de Genghis Khan, était un des plus grands empereurs moghols ayant régné sur l’Inde et ce sera son petit fils qui construira plus tard le Taj Mahal, d’architecture moghole. Ayant grandi en Afghanistan et de culture musulmane, Akbar était réputé lors de son règne auprès des hindous pour sa grande tolérance et son ouverture d’esprit. Il avait donc, comme tout musulman qui se respectait à l’époque, 3 femmes, dont une hindoue, une chrétienne et bien sur une musulmane. Convaincu que toutes les religions se rejoignaient, il créa une religion qu’il nomma « din allahi » et s’entoura des plus grands savants et religieux des différentes croyances au sein de cette petite ville. Il y habita avec ses savants et son harem, dans un palais ou il fit bâtir une mosquée, un temple hindou, un palais pour sa femme chrétienne, et un palais pour sa femme musulmane. Le palais principal sera pour sa femme hindoue car ca sera elle qui lui donnera son premier fils. Il créera également une salle de prières et de religion, avec une colonne en son milieu présentant les symboles de toutes les religions de l’hindouisme à la religion chrétienne en passant par l’Islam.

Au-delà de la majesté du lieu, en particulier de l’esplanade de la mosquée et de ses portes qui sont grandioses  (cf photo), dignes des plus grands palais andalous, nous sommes également impressionnés par ce message d’unité et de tolérance qu’a tenté de véhiculer Akbar, surtout pour l’époque, et regrettons que ce message soit loin d’être prédominant aujourd’hui. Nous sommes aussi étonnés du manque de popularité de cet endroit grandiose, mais nous sommes dans un pays hindou, il ne faut pas l’oublier.

Nous reprenons la route, sur notre petit nuage de paix et de tolérance, pour nous rendre à Udaipur, ville magique elle aussi, entourant un lac et qu’on nomme la « Venise du Rajasthan »…

 

 

Par Maj&Mario
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander

Profil

Derniers Commentaires

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Recherche

Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés